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5eme texte- Nicolas

Nicolas, onze ans commença à se poser des questions. Il venait de s'inscrire dans un club de théâtre, organisé par son collège et dirigée par deux enseignantes de français. Il venait d'entrer en cinquième. Il ne savait pas comment il faisait mais il arrivait toujours à garder un niveau correct. En CM2, il avait 12,5 de moyenne générale sur l'année. On lui avait prédit qu'en sixième, il aurait des difficultés... Loin de là, il n'était pas un acharné du travail. Ses professeurs ne comprenaient pas pourquoi un élève avec tant de facilités, ne voulait pas s'investir dans un travail plus approfondit. En sixième, il avait la même moyenne que l'année précédente. Ses professeurs parlaient régulièrement de lui lors de leur pause :
-c'est un élève qui peut réussir, il a toutes les capacités pour y parvenir.
-Oui mais tu connais très bien son agressivité lorsqu'on le rappelle à l'ordre pour des broutilles...
-Il mâche des chewing-gums en cours, il bavarde comme une pipelette avec les filles...
-Il n'a pas de véritables amis comme vous pouvez le constater. A moins que ceux-ci soient à l'extérieur...

Ils n'avaient pas tort, ils savaient que cet élève rencontrait des difficultés dans la cour ou dans les couloirs avec d'autres élèves car Nicolas n'est pas comme les autres élèves...
Il était maniéré, efféminé pourrait-on dire. Il n'avait pour compagnie que des filles. Il mangeait régulièrement seul à la cantine. Visiblement, c'était un élève qui devait avoir des soucis pour être davantage préoccupé par les livres qu'il dévorait à la bibliothèque.

Un autre jour, dans la salle des profs :
-Tu te rends compte, je me suis renseignée sur le fichier informatique du CDI, il emprunte jusqu'à deux livres par semaine alors que la moyenne se situe à un par mois et encore...
-C'est un garçon sensible et visiblement il oublie la réalité en s'enfermant dans ces livres...

C'était vrai, à peine rentré à la maison le soir, il goûtait comme à son habitude puis ouvrait son sac faisait les exercices à faire, apprenait rarement les leçons et se plongeait devant la télé avec sa mère ou dans un bouquin. Sa mère était trop dépressive pour travailler... Les seules choses qu'elle parvenait à faire c'était la cuisine et le ménage le vendredi...
Il ne sortait pas souvent, ne parlait pas aux jeunes du quartier suite aux quolibets homophobes qu'il avait reçu, préférant son intérieur et ses promenades dans le centre-ville de Rouen...
Sur les conseils d'un professeur, lors d'une réunion de parents d'élèves au collège, Nicolas allait une fois par semaine au CMPP consulter un psychologue qui ne faisait rien. Leurs entretiens se résumant à quantités de choses futiles telles que les livres qu'il venait de lire ou, encore ce qu'il avait vu en classe dernièrement...

Un mardi, lors de la pause repas, il alla au CDI comme à son habitude, mais cette fois-ci, il ne s'orienta pas vers les romans mais vers les livres pédagogiques. En effet, depuis les quelques semaines où il allait au théâtre, il se sentait attiré par un élève de la troupe.
Il savait ce qu'était l'homosexualité mais il ne savait pas du tout comment ça se passait. Il se posait de nombreuses questions, en espérant notamment trouver des réponses à ses questions...
Il choisit donc deux livres sur la pédagogie dont un parlait essentiellement de la sexualité des adolescents. Il avait choisi le deuxième par pur hasard. Le thème était sur la drogue. Bien entendu, il le lirait car la documentaliste se faisait un plaisir à chacun de ses passages de lui demander ce qu'il avait pensé de ces livres. Elle avait l'air sympa, cette petite femme rondouillette qui vivait parmi tous ces livres. Il s'imaginait souvent que sa maison regorgeait de livres qu'elle ne savait plus où les mettre tellement il y en avait...
Elle ne posa pas de questions, sur le choix de ces livres. De toute façon, il lisait ce qu'il voulait.
A peine la porte du CDI refermée derrière son passage que Béatrice, appela Mme Baty, professeur de français de Nicolas, qui lui avait demandé de la prévenir si Nicolas allait dans cette section de la bibliothèque.
Mme Baty consulta deux de ces plus proches collègues qui avaient également son élève dans une de leur section...
-Je pense être quasiment sûre de savoir pourquoi Nicolas est si renfermé sur lui-même
-Ah bon ! Répliqua la prof qui l'avait en théâtre.
-Oui je pense qu'il est gay... Cela expliquerait les quolibets, insultes et bagarres en tout genre. Nous nous étions aperçus de son côté féminin mais là je crois qu'il va falloir l'aider ce pauvre garçon...
-Armelle, ne crois-tu pas que ton travail devrait se limiter à enseigner. Qu'à ce garçon de si particulier ?
-Rien, je t'assure. Je crois qu'il faut qu'on veille sur lui...
-Ne compte pas sur moi j'ai trop de travail...
-Moi aussi même s'il est vrai que ce garçon a certaines particularités...

Ces collègues ne comprenaient pas. Ce garçon, ce jeune garçon, cet enfant vivait seul avec une mère dépressive et un père qu'il refusait de voir.
Armelle s'était renseigner de son côté. Elle voulait protéger cet enfant de la vie qui se montre déjà si dure pour lui...
S'il apprend maintenant son homosexualité, il va se sentir réellement seul et personne pour le soutenir...
Je l'aiderai par tous les moyens se dit-elle.

...
Nicolas réussit à aller jusqu'en troisième malgré les protestations de certains professeurs chaque année à cause du caractère révoltant de ce garçon.
Armelle ne l'avait plus eu en tant qu'élève jusqu'à son année de troisième...
Elle avait fait du mieux qu'elle avait pu, évitant les conseils de discipline suite à un comportement arrogant qu'il avait avec d'autres professeurs.
Il n'avait jamais eu de sanctions graves sauf un renvoi de trois jours qu'elle n'avait pu éviter... Il avait été pris en train de fumer dans l'établissement à plusieurs reprises...
L'année commença bien, la classe avait l'air soudée et Nicolas y semblait à l'aise... Malgré tout, lorsque sa protectrice le regardait dans les yeux, elle voyait un regard éteint, fermé, comme teinté de froid...
Ce qu'elle pensa comme la pire chose qui puisse lui arriver, se présenta à la fin du mois de novembre.
Nicolas n'était pas présent aux cours depuis trois jours, lorsqu'elle se décida à appelé la mère de son élève préféré :
-Allô ?
-Mme Paris, bonjour c'est Armelle Baty, la professeur de français de Nicolas
-Ah oui, je me souviens de vous lors de notre premier entretien en sixième.
-Écoutez, je m'inquiète. Votre fils n'a pas assisté aux cours depuis trois jours et j'ai regardé dans le dossier scolaire et aucune excuse n'a encore été donnée. Sauriez-vous pourquoi ?
-Je suis désolée, mais Nicolas vient d'être hospitalisé en urgences et je n'ai pas encore téléphoné au secrétariat de votre établissement.
-Qu'a t-il ?
-Il a fait... une tentative de suicide. Elle se mit à pleurer. Je ne sais pas pourquoi il a fait ça. Peu de personnes sont au courant mais il va vite revenir ne vous en faites pas.
-Je me moque de quand il va revenir. Comment va t-il ?
-Mal. Il ne songe qu'à mourir, il dit qu'il ne se sent pas capable d'affronter le monde, qu'il est sale, et que lui, ne mérite pas de vivre. Je ne sais pas quoi faire, je suis totalement désemparée, il ne me reste que lui et il songe à mourir. Mais pourquoi ?
-Voulez-vous qu'on en discute calmement. Le téléphone n'est pas le moyen le plus adéquat pour parler de cela.
-Comme vous voulez, mais je ne veux pas vous perturber votre emploi du temps.
-Dans une heure, ça vous convient ?
-Oui c'est bon. Venez chez moi ce sera plus simple. C'est à deux pas du collège.
-D'accord... A tout à l'heure.

Armelle était déboussolée. Elle se doutait qu'un jour il essaiera de franchir ce pas comme elle, elle l'avait fait, il y a si longtemps...

Cela remonte, à ses premiers émois d'adolescentes, vers quinze ans, elle avait été attirée par une fille de sa classe. Mais le sujet, n'était pas comme aujourd'hui, il était caché. L'homosexualité était une chose sale, malsaine, que Dieu ne bénissait pas et elle était dans un orphelinat catholique...
Elle s'était lâchement laissé aller et avait jour après jour réussi à accumuler ce dont elle avait besoin : des médicaments puissants qu'on donnait aux élèves les plus torturés pour qu'ils se calment, un couteau de cuisine qu'elle avait réussi à dérober un soir après l'heure du coucher...
Elle s'était préparée. Elle attendit le moment propice c'est à dire la veille de ses seize ans et avait tout avalé ce qu'elle avait pris puis commença à se taillader les veines avec le couteau...
Les s½urs l'avaient retrouvée dans son lit, les draps étaient tachés de sang...
Ils la soignèrent et elle demanda à quitter l'orphelinat comme elle en avait le droit... L'âge légal où l'on peut demander à quitter son foyer étant à seize ans, elle reçut l'accord de la mère supérieure...
Elle avait pris le train, en direction de Paris et avait réussi à intégrer une école où elle put passer quasiment sept ans. Pendant ce temps là, elle avait étudié au maximum et avait trouvé sa voix en devenant professeur de français dans les collèges...

Tout cela lui remonta à la surface et elle sue à ce moment là que son expérience malheureuse, toujours demeurée cachée de tous, allait être dévoilée à son élève pour l'aider à le sortir de ce mauvais pas...
Elle alla jusque chez la mère de Nicolas. Quand celle-ci ouvrit la porte, Armelle su que sa mère était au bord du gouffre...
Elles discutèrent tranquillement pendant quelques heures. Armelle avait la ferme intention d'aller voir Nicolas et de le sortir de ces démons. Elle n'en parla pas à cette pauvre femme qui se tenait devant elle, fumant cigarette sur cigarette, en peignoir, les yeux rougis, sans maquillage. Armelle ne lui avait jamais dit mais elle connaissait Isabelle. Elle était avec elle dans cet orphelinat et c'était cette femme qui se tenait devant elle qu'elle avait tant aimé...
Des photos encadraient les murs et Armelle su que cette femme était quelqu'un de bien. Pleine de grâce, cette femme désarmée face à un homme s'était laissée faire. Et maintenant, il fallait qu'Armelle s'occupe des deux...
Elle comprit en partant, pour prendre la direction de l'hôpital la deuxième raison pour laquelle elle s'était tant préoccupée de ce garçon : il ressemblait trait pour trait à sa mère...

Elle prit sur elle, en arrivant dans l'unité de pédopsychiatrie et alla jusqu'à la chambre de Nicolas... Il avait de lui-même demandé son hospitalisation dans ce service donc il pouvait quitter l'établissement quand bon lui semblait...

Elle franchit la porte de la chambre et quel ne fut pas l'étonnement de Nicolas de voir sa professeur de français entrer dans cette chambre d'hôpital...
-Bonjour Nicolas
-Bonjour Mme Baty
-J'ai à te parler. Il faut que tu m'écoutes attentivement et que tu me promettes de ne pas m'interrompre car ce que j'ai à te dire est très important, mon grand...
-Je vous le promets
-Bon, tout d'abord voilà...
Elle lui raconta son enfance dans cet orphelinat catholique d'Amiens qui faisait également office de pension pour les familles qui voulaient que leurs filles reçoivent une éducation digne de ce nom... Elle lui fit part également de ces sentiments qu'elle avait éprouvé pour sa jeune voisine de classe qui était elle en pension...
Elle lui expliqua ensuite comment elle avait essayé comme lui de se supprimer pour ne pas affronter ces démons...
Puis, elle lui expliqua que pendant toutes ces années de collège, elle avait veillé sur lui sans qu'il ne s'en aperçoive outre mesure...
Et enfin, elle lui expliqua, sa journée et sa rencontre avec sa mère et tous ces sentiments qui avaient refait surface...
-Voilà, j'ai un marché à te proposer, maintenant que tu me connais comme un livre que tu aurais dévoré au CDI... Tu es en hospitalisation libre, je voudrais ne pas ressortir d'ici seule mais avec toi. Je ne te laisserai pas tomber ni toi, ni ta mère...
-Mais vous ne connaissait pas ma vie, vous ne savez pas dans quoi vous vous lancez !
-Ne t'inquiète pas, je sais ce que je fais. Bon maintenant tu me tutoies ce sera plus simple sauf quand tu reviens en cours, compris ?
-Oui
-Bon, on y va bonhomme ?

Les infirmiers n'étaient pas d'accord qu'il sorte mais comme Armelle se fit un plaisir de leur annoncer qu'il pouvait quitter l'hôpital rien qu'en signant une décharge, il n'y avait pas de problème...
Ces infirmiers ne connaissaient pas la mère de Nicolas, ils venaient de commencer le service de jour alors qu'ils étaient de nuit depuis une quinzaine de jours donc Armelle se fit passer pour sa mère.
Ils franchirent la porte de l'hôpital, le c½ur léger et d'humeur joyeuse d'avoir réussi à tromper le personnel hospitalier...
Ils arrivèrent chez Isabelle, trente minutes plus tard... Dans la voiture, Armelle avait fait promettre de dire la vérité à sa mère au sujet de sa sexualité...
Isabelle pleurait de joie, de le voir revenir, si vaillant, le sourire aux lèvres comme jamais elle ne l'avait eu.
Nicolas lui raconta tout, sans mentir, devant sa professeur assise à côté de sa mère. Cette dernière pleura.
Nicolas monta se coucher et les deux femmes discutèrent toute la nuit. Armelle répéta tout ce qu'elle avait dit en incluant sa vie de ses dernières années.
Isabelle la prit dans ses bras.
Elle ne s'était jamais demandé pourquoi elle avait connu tant de malheur avec les hommes, elle s'était voilé la face pas comme son fils et cette ancienne camarade...


Quelques mois plus tard, ils chargeaient tous les trois les derniers cartons dans le camion de déménagement qui les emmenaient ensemble vers une petite maison, à Nantes, ville où Armelle avait demandé sa mutation qui lui fut accordée...



# Posté le jeudi 13 décembre 2007 12:32

Modifié le mardi 09 septembre 2008 16:51

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