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4eme texte- Vincent

La mort? Une chose redoutée par tous ceux qui voient en cela la fin définitive de la vie mais non il y a autre chose et j'espère que cette chose est bien meilleure que cette vie... Tout le monde me pense normal mais quoi qu'il se passe, si les jours ou les mois me retardent un jour, je franchirais cette barrière entre la vie et le mort. On la redoute, on la craint mais qu'en est-il de ceux qui l'attendent pour un avenir certainement meilleur ? On parle de vie longue ou courte mais le temps d'une vie est tellement si infime aux yeux de tout l'univers que je ne voie pas en quoi elle a le mérite d'être vécue!!!!

Voilà, les pensées que Vincent avaient depuis un certain temps. Il n'avait rien à craindre, personne ne se doutait de ses pensées. Sa femme, avec qui il était marié depuis plus de dix ans, ses deux enfants de cinq et sept ans, leurs amis qu'ils côtoyaient régulièrement, ses collègues de travail, tous ces gens se laissaient impressionner par la prestance de Vincent. On le sentait ambitieux, prêt à tout pour réussir... Il avait démarré comme simple coursier dans cette entreprise de management et maintenant, il était dans l'un des postes les plus convoités : secrétaire général d'une cinquantaine de personnes.
Il arrivait toujours avant huit heures au travail et partait régulièrement après dix-huit heures. Chaque journée était planifiée sur son téléphone mobile que sa secrétaire mettait à jour par des sms la veille...
Sa vie de famille était heureuse. Son épouse faisait du bénévolat dans des associations pour aider les plus démunis, le salaire mensuel de Vincent permettait de faire vivre aisément sa tribu. Il ne restait que trois mois pour rembourser l'emprunt fait à la banque lorsqu'ils avaient décidé d'acheter une maison, augmentant les mensualités chaque mois pour que ce termine cet emprunt.
Vincent n'aimait pas les dettes, il préférait manger des pâtes comme on dit plutôt que d'être à découvert.
Paradoxalement, ni lui, ni sa femme ne faisaient les comptes. Ils dépensaient de façon normale ni excessivement ni dans la restriction... Ils sortaient une fois par semaine dans un théâtre ou un opéra.
Chaque minute de sa vie était planifiée, Vincent n'en pouvait plus. Il en avait marre, marre de tous ces inconvénients qui lui incombaient, marre de faire le même trajet chaque jour pour se rendre au travail, marre de bore le café que sa secrétaire lui apportait toutes les deux heures, marre de ces déjeuners où il ne faisait que parler affaires.

Merde, la vie ne se résume pas qu'au fric. J'en ai marre de ces rapaces de la communication, du marketing, de tous ces gens qui ne pensaient qu'à tripler leur salaire grâce aux commissions qu'ils touchaient...

Chaque jour, il y pensait, à mourir, à se dire que la vie se résumait à des futilités, qu'il voulait pouvoir faire ce dont il avait réellement envie...
Il ne pensait pas une seule seconde dans ces moments là, à sa femme, à ses enfants qu'ils chérissaient tant.
Il les couvrait de cadeaux... C'étaient des enfants pourris gâtés mais il s'en moquait même si sa femme lui en faisait des reproches régulièrement...
Sans qu'elle ne le sache, il avait souscrit une assurance-vie, avec pour clause entre autres : maladies diverses et suicide...
Dès qu'il avait vu cette clause il avait souscrit au maximum pour ne pas que sa femme se retrouve dans la déchéance et puisse continuer à vivre décemment sans problème.
Il savait dans ces états où il allait mal que sa femme allait énormément souffrir...
C'était son premier amour et jamais il n'oserait lui dire dans les yeux ce qu'il ressentait. C'est pour cela qu'il commença à écrire une lettre :

Ma chère et tendre femme,
Je te quitte, toi et les enfants, Je ne me sens pas à ma place dans ce monde,
Plutôt que de te faire souffrir peu à peu en sombrant dans l'alcool
Je pars directement
Ne m'en veux pas
Je t'aime
Je vous aime
Et quoi qu'il se passe j'essaierai de veiller sur vous de l'autre côté
Je ne veux pas que tu souffres éternellement
C'est pour cela que je te demande une chose
Toi, la seule femme que j'ai connue
Je veux que tu te montres forte quoi qu'il se passe
De toute manière, si tu lis cette lettre c'est que je ne suis plus d'ici...
La vie me semble futile même si je chéris tant mes enfants
Ainsi que toi
Il ne faut pas que tu croies que si tu avais su tu aurais essayé de me sortir de mes démons...
J'aurais été prêt à fuir ce pays,
A fuir cette ville si c'était ma seule chance
Mais je ne veux pas te déraciner
Tu as encore ta famille, tes amis, tout ce dont on avait.
Je t'embrasse tendrement
Veille bien sur les enfants comme tu l'as toujours fait et reconstruit toi vite
Je t'aime
Ton mari

Il cacha la lettre dans la boîte à gants de la voiture. Perturbé, il ne se rendit pas compte que ce matin là il avait pris le coupé Mercedes de sa femme et non sa Peugeot 607.

Ce soir-là, il était rentré plus tôt que d'habitude car Marjorie avait un dîner pour de bienfaisance en faveur des immigrés tchèques...
Il l'entendit se préparer dans la salle de bains de leur chambre qui se trouvait au premier étage. Les enfants étaient devant les dessins-animés. Il se rendit dans la cuisine et s'aperçut que sa femme avait même préparé le repas pour ces trois hommes...
Elle descendit les escaliers et se jeta, sensuellement sur son mari. Qu'elle était belle dans cette robe blanche faîte de soie et de mousseline...
Elle la rendait vaporeuse comme un ange...
Elle alla embrasser ces enfants, serra fort son mari avant de prendre la route pour son dîner. Elle devait se dépêcher car sinon elle serait en retard...
Elle monta à bord de sa voiture, démarra et parti rejoindre le banquet... Le temps était maussade et la température baissait de jour en jour à l'approche de l'automne... Elle brancha donc la climatisation et chercha instinctivement sa peau de chamois, qui effaçait les traces de buée sur le pare-brise, dans la boîte à gants et tomba sur la lettre de Vincent...
Je le lirais après, se dit-elle, pensant qu'il s'agissait d'un mot d'amour.
Le dîner s'éternisa... Il était minuit passé quand elle remonta en voiture, mais elle voulait lire la lettre de Vincent.
Ses larmes coulèrent au fur et à mesure des mots qu'elle lisait.
Refermant la lettre, elle se dit qu'elle l'en empêcherait mais comment ?
Avant de se mettre en route, elle se remit un coup de mascara pour effacer les traces laissées par les larmes séchées et envoya un sms à Vincent en lui indiquant qu'elle allait reprendre la route et qu'elle l'aimait. La réponse fût instantanée : « Fais attention à toi. Je t'aime. V »

Quelques jours plus tard, Marjorie avait pris sa décision, elle quittait Paris sans le dire à qui que ce soit avec les enfants mais sans Vincent pour qu'il s'aperçoive de ce qu'elle ressentirait s'il partait...
Elle ne laissa pas de mot, pris les enfants en voiture pour les conduire à l'école comme chaque matin.
Mais son planning avait été modifié une demi-heure plus tôt : dès qu'elle entendit Vincent franchir la barrière pour se rendre au travail elle prit la plus grosse valise qu'elle avait : empila ses vêtements, ceux de ses enfants, des serviettes de bain. Puis, elle prit son vaniti, y mis ses produits de beauté, quelques médicaments pour les enfants. Elle la referma, mis tout dans la voiture sans que les enfants ne s'en aperçoivent. Elle pénétra dans le bureau ouvrit le premier tiroir de la commode, y prit le chéquier et l'enveloppe contenant du liquide et qui était destiné à un coup dur...
Ils avaient toujours étaient prévoyant et Marjorie remercia Dieu de cette qualité qu'Il leur avait donné.
Elle fourra le tout dans son sac prit l'enveloppe qu'elle avait cachée dans une boîte à chaussures et qui contenait son passeport sur lequel figurait ses deux enfants et elle, ainsi que les billets d'avion pour Genève où son oncle vivait et avait acceptait de l'héberger quelques temps...

Elle démarra, et prit le périphérique.
Ses enfants ne reconnaissant pas le chemin de leur école lui demandèrent où ils allaient. Elle leur répondit « une surprise ».
Ses enfants n'avaient jamais pris l'avion et elle savait qu'il voulait le prendre... Cette excuse était donc recevable auprès de ces deux petits garçons, Valentin et Tom.

...
Le soir-même, son téléphone sonna. Elle ne répondit pas. Connaissant l'impatience de Vincent, il ne laisserait pas de messages mais rappellerait sans discontinuer...
Ce n'est qu'au bout de la cinquième fois qu'elle répondit :
-Allô ?
-Chérie, où es-tu ? Je m'inquiète, j'ai crû qu'il s'était passé quelque chose de grave...
-Non, tout va bien. Tu as eu raison de prendre l'option internationale quand tu m'as offert mon téléphone car sinon tu n'aurais pas pu m'avoir...
-Où êtes-vous tous les trois ? Et pourquoi, prends-tu ce ton ironique d'un coup.
-Je ne te dirais pas où nous sommes mais sache que tes enfants sont en bonne santé. Ils dorment là...
-Mais pourquoi es-tu partie ?
-Bah, je ne sais pas... Une envie, un désir de quitter Paris attends deux minutes. Elle prit la lettre et lut un passage :
La vie me semble futile même si je chéris tant mes enfants
Ainsi que toi
Il ne faut pas que tu croies que si tu avais su tu aurais essayé de me sortir de mes démons...
J'aurais été prêt à fuir ce pays,
A fuir cette ville si c'était ma seule chance
Mais je ne veux pas te déraciner
Tu as encore ta famille, tes amis, tout ce dont on avait.

Ca ne te dit rien, mon chéri ?
-...
-Tu as l'air bizarre, répond moi quand même. C'est ton écriture et j'ai trouvé cette lettre dans la boîte à gants de ma voiture le soir du dîner pour les immigrés...
-Et pourquoi me fais-tu ça ?
-Pour que tu comprennes, ce que j'aurais ressenti moi et les enfants si on avait trouvé cette lettre..
-Mais ne comprends-tu pas que j'en ai marre de tout ce qui m'entoure...
-Qu'est-ce qui t'empêche de tout quitter et de prendre un nouveau départ ailleurs ?
-Toi pour ce que tu viens de lire, mais aussi pour l'argent car nous n'auront plus rien...
-C'est ce que tu penses, mon chéri...
-Que dis-tu ?
-Rien, prend le dernier avion pour Genève il est dans deux heures. Prends la voiture, je m'occupe du billet d'avion, il t'attendra à l'enregistrement... Il est temps que tu saches la vérité...
-Quoi ?
-Ne discute pas ! Je t'attend à l'aéroport tout à l'heure...
-D'accord, répondit-il sans réellement saisir.
Où elle lui jouait un mauvais tour ou, elle avait réellement des choses à lui dire...

Marjorie appela la compagnie aérienne pour réserver un billet d'avion pour son mari dans deux heures...
Elle paya avec sa nouvelle carte bleue, qui n'était ni une visa, ni une premier, mais une gold, et la conseillère lui dit que son mari sera appelé pour l'enregistrement et qu'on lui remettra son billet.

Marjorie attendit au bar de l'aéroport en sirotant un martini blanc agrémenté d'une rondelle de citron...
Puis, elle entendit l'annonce que le vol en provenance de Paris venait d'atterrir et que les voyageurs arrivaient.

Elle vit son mari, qui la regardait les yeux rouges. Il a dû pleurer se dit-elle mais elle n'en parla pas.
-Allons au bar de l'aéroport, il n'y a pas grand monde à cette heure-ci.
-Où sont les enfants ?
-Chez mon oncle, ne t'inquiète pas....

Marjorie, lui expliqua alors sa véritable identité... Ses parents étaient morts dans un stupide accident d'avion alors qu'elle avait huit ans. Elle fut élevée par des gens qu'elle considérait comme ses propres parents... Ses véritables parents avaient fait souscrit à l'époque deux assurances-vies chacun.
Elle n'avait jamais entendu parler de cet argent, mais à dix-huit ans un notaire l'appela pour lui faire part du testament de ses parents...
Elle avait appris qu'ils possédaient en leur nom un appartement dans le XVII ème arrondissement.
Tout ce qu'ils possédaient, Marjorie le vendit et s'acheta un petit deux-pièces dans Paris. Tout le reste de l'argent était donc en train de fructifier sur divers comptes... Elle ne voulait toucher à cet argent. Quand ils emménagèrent ensemble, elle vendit son appartement et plaça encore l'argent...
Elle ne voulait l'utiliser jusqu'à ce qu'elle lise cette lettre... Alors, elle débloqua plusieurs comptes et voulait mettre en place le projet de Vincent c'est à dire tout recommencer... Elle se moquait de ce que les gens pensaient...
Les seules personnes auxquelles elle était attachée était son mari et ses enfants...

Ils prirent alors la décision qui s'imposait pour que Vincent aille mieux, ils s'expatrièrent sans un mot à quiconque.


# Posté le jeudi 13 décembre 2007 12:30

Modifié le mardi 09 septembre 2008 16:44

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