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2eme texte- Laurence et Max

Laurence était en train de ranger ses papiers, qui s'entassaient sur son meuble d'entrée... La croissance à laquelle évoluait ses factures, l'étonnaient elle-même... Mais depuis qu'elle élevait seule son fils de douze ans, suite à son divorce, elle devait gérer entièrement la maison. Mais son projet prenait forme, il fallait qu'elle règle certains détails pratiques...
Son ex-mari avait eu un accident de voiture, suite à une soirée un peu trop arrosé avec quelques amis...Ce soir-là il avait décidé de ne rien faire, trop déprimé de son récent divorce. Il aimait tellement sa femme, enfin son ex-femme qu'il n'arrivait toujours pas à comprendre ce qui les avaient poussés tous deux dans l'abîme. Il avait été très pris par son travail de nuit, et Laurence, avec son travail qu'on pourrait qualifié de surmenage n'avait pas arrangé les choses... Il était ingénieur dans l'aérospatiale tandis qu'elle était rédactrice en chef d'un magasine qui faisait fureur chez les ménagères de trente à cinquante ans...
Ils n'avaient plus le temps de se voir, leur week-end se résumant à se reposer...
Ce fameux soir, son meilleur ami l'avait appelé, pour faire la tournée des bars, mais Daniel ne voyait pas l'intérêt de sortir ce soir là...
Jacques l'avait convaincu, cela faisait une éternité qu'ils ne s'étaient pas vu, en fait cela remontait aux dix ans de Max soit il y a six mois...
Bien sur, ils s'étaient appelés mais Daniel s'était muré dans un profond silence, il s'enfermait chez lui, ne répondait au téléphone que quand il savait que cela pouvait être son fils ou son ex-femme..
Ils firent donc la tournée des bars, avec quelques amis retrouvés sur la route et vers cinq heures du matin, chez Laurence le téléphone sonna :
-Allô ? dit-elle d'une voix qui demandait encore quelques heures de sommeil
-Bonsoir madame Parry, excusez-moi de l'heure tardive. Je suis médecin de garde aux urgences de l'Hôtel-Dieu....
-Oui que se passe t-il ? demanda t-elle d'une voix inquiète.
-Votre ex-mari a eu un accident de voiture cette nuit.. Je...
-Qu'à t'il ? le coupa t-elle véritablement inquiète
-Je suis désolé mais il est décédé sur le coup...
-NNNNNNNNOOOOOOOONNNNNNNNNN ! hurla t-elle...

Daniel avait décidé de laisser conduire Jacques car il s'estimait trop ivre. Mais Jacques avait plus bu et il n'avait pas vu le fossé. Lui s'en était sorti mais pas Daniel...
Pendant les jours qui suivirent, elle s'enferma dans un profond mutisme où les volets de son appartement boulevard Haussmann hérité de son père restèrent baissés.
Elle effectua la démarche de le dire à son fils avec le plus de pédagogie possible...Elle lui dit que son père était parti rejoindre les gens de la famille qui sont montés au ciel...
Il pleura quelques jours et se ressaisit rapidement montrant quand même une perturbation dans son niveau scolaire qui diminua quelque peu...

Deux ans plus tard, Laurence était toujours au même emploi sauf qu'elle avait demandé un mi-temps ce qui lui permettait d'être plus présente pour son fils qu'elle chérissait tant... Elle n'avait plus que lui. Ses parents étaient décédés tout comme ceux de Daniel et ils étaient enfant unique tous les deux.
C'est pour cela qu'elle avait fait prendre des cours intensifs d'anglais, à son fils et également pour elle-même, car elle comptait s'installer à New-York, enfin à Manhattan...
Elle avait reçu déjà diverses propositions, qu'elle avait refusé du temps de son mariage, mais maintenant qu'elle n'avait plus rien à apprendre à Paris rien ne la retenait. Elle avait connu l'amour, mais aussi la douleur...C'est pourquoi la proposition d'un magazine, ne l'avait pas laissé indifférente lors du mail qu'elle avait reçu au travail il y a quelques mois auquel elle avait accepté quelques jours plus tard...
Elle fit donc une demande de visa pour les États-Unis qui fut rapidement accordé, grâce à quelques bras longs qu'elle connaissait...
Elle demanda quand même à Max, s'il serait d'accord pour déménager là-bas, et tout ce que cela incombait.Celui-ci lui répondit :
-Papa est mort, on n'a pas de famille, et je n'ai aucun amis alors pourquoi pas ?
C'est ainsi qu'elle entrepris la plus grosse tâche de sa vie.



Laurence était en train de faire le chèque pour sa facture d'électricité quand Max, sortant de la douche vint lui demander :
-Dis maman, c'est quand qu'on part ?
-Dès que ton année scolaire est terminé, mon chéri.

On était au mois de mars, il ne restait donc que trois mois pour finaliser son départ...
L'appartement de son père vient d'être mis en vente, auprès d'une grosse agence immobilière de Paris dont la réputation concernant les appartements les plus beaux n'est plus à faire...
Max était déjà inscrit dans une école privée de Central Park.
Elle venait de louer un appartement sur Central Park, pas très loin de son futur travail et de l'école de son fils...
L'appartement est vide. Il va falloir qu'elle le meuble, mais avant cela, il faut qu'elle veille à ce que tous ses effets personnels, qu'elle emporterait serait bien acheminé dans son nouvel appartement.
Jamais de sa vie, elle n'avait pris de décision aussi radicale, mais elle sentait qu'il était temps de quitter ce qui la faisait tant souffrir. Elle voulait tourner une nouvelle page de sa vie, et cela ce ferait avec son fils... Jamais elle n'avait douté de sa force personnelle pour y parvenir...
Elle se sentait désemparé par moment, se demandant si elle n'était pas folle de partir, de tout quitter et de ne pas pouvoir revenir en arrière...
Mais jamais, elle n'en fit part à Max, jamais elle ne lui avouerait qu'elle souffrait de la mort de son ex-mari, mais aussi de celle de ses parents comme de l'enfant qu'elle avait perdu deux ans avant la naissance de son Max, son fils ,son fils unique qui lui resterait toujours...Elle ne le protégerait pas au point de l'étouffer, mais jamais elle ne l'abandonnerait comme la vie, avait commencé à l'abandonner lorsqu'elle avait douze ans...
C'était il y a si longtemps, et pourtant elle s'en souvient comme si c'était hier. Cet oncle qui l'avait violé à plusieurs reprises, sans qu'elle puisse se défendre... Ses douleurs, ses démons, s'étaient apaisés lorsqu'elle avait rencontré Daniel. Il avait été si doux, si attentionné... Il avait tout de suite compris mais il n'en avait parlé à personne il voulait que ce soit Laurence qui lui en parle... Elle lui avait tout dit, quand ils avaient eu leur premier rapport sexuel. Il n'avait rien dit, il l'avait juste rassuré en la prenant dans ses bras, c'était son premier amour pour lui aussi ils se comprenaient, et maintenant qu'il n'était plus là elle se sentait désemparée seule au monde avec son fils, et elle voulait que ce bonheur se passe loin d'ici, loin de ce monde cruel....
Je veux vivre, se dit-elle avant d'aller se coucher.

Quelques semaines plus tard, Laurence avait réussi à vendre son appartement, au prix le plus élevé qu'elle avait espéré, ce qui lui permettrait de partir à Manhattan le c½ur plus léger en pensant pouvoir acquérir un appartement bien à elle, le plus rapidement possible.
Laurence prit une journée de congés pour aller chercher les billets d'avion. Max était à l'école et donc elle s'octroya cette journée pour régler les derniers papiers. Elle avait posté sa lettre de démission le matin même avec accusé de réception, ce qui permettait à sa hiérarchie de lui trouver une remplaçante. En deux mois, il y aurait de nombreuses postulantes pour un poste aussi prisé...
Elle se rendit à l'agence immobilière pour expliquer la situation :
-Laurence, comment allez-vous ?
-Très bien, Gérald depuis que j'ai accepté la proposition de l'appartement par les Berain. Ils ont vraiment l'air sympathique, je suis sûre qu'ils seront bien accueillis par la copropriété.
-Tant mieux, il est vrai que l'appartement a été surenchéri, mais même à l'état actuel du prix de l'immobilier vous avez gagné énormément dessus.
-Je sais, c'est pour cela que je tenais à vous remercier...Mais j'ai un léger problème...
-Qu'est-ce donc Laurence ?
-Je m'en vais vivre à Manhattan, vous êtes la première personne au courant.J'ai un emploi qui m'attend déjà depuis six mois, et je ne sais comment faire pour régler cette transaction si je pars.
-Quand prenez-vous l'avion ?
-Mercredi 5 juillet à vers dix heures.
-Je peux essayer de m'arranger pour que la transaction s'effectue le mardi, comme ça vous prenez un hôtel à Roissy le mardi soir.
-D'accord. Les meubles seront déjà parti d'ici là... et la plupart des objets que nous emportons, sont déjà dans mon nouvel appartement On ne part qu'avec une valisette en fait avec Max.
-Êtes-vous sûre de faire le bon choix ? Je veux dire quitter votre travail, vos connaissances, votre maison, votre univers enfin tout ce qui vous entoure .
-Oui, Gérald j'ai mûrement réfléchi. J'ai retourné la question dans tous les sens. Et je pense ne pas me tromper. Plus rien ne nous rattache ici, Max et moi, sauf peut-être nos souvenirs. J'ai perdu Daniel comme vous le savez... On n'était plus mariés mais je l'aimais encore, on continuait
à s'appeler régulièrement, on se voyait de temps à autre, et plus rien depuis qu'il est parti ne me tien ici. Bien entendu, j'ai demandé à Max s'il était d'accord, et il m'a répondu que oui même s'il sait qu'il ne verra plus connaissances. Il est comme moi, il veut tout recommencer, même s'il n'à que douze ans, enfin bientôt treize. Vous savez, pour moi, chaque date anniversaire me rappelle mon mari, notre jour de rencontre le 3 janvier, notre première fois le quinze mars, notre premier appartement le vingt août, la date de naissance de Max le 9 novembre, nos anniversaires personnels, tous ces souvenirs resurgissent chaque jour sans pour autant que cela modifie ma vie.
Donc, non je ne me trompe pas. Ce n'est donc pas en partant que je vais l'oublier, il est dans mon c½ur et dans celui de Max, pas sur une pierre au Père-Lachaise.
-D'accord, Laurence je vous ferai parvenir la date définitive pour la signature, dit-il au bout de quelques secondes visiblement ravi de voir Laurence sous un autre jour, puissante mais en même temps avec des faiblesses.
-Bon, désolée Gérald mais il faut que je me dépêche l'antiquaire passe dans vingt minutes à la maison pour estimer les meubles et la date à laquelle il les prendra....

Les semaines passèrent à vive allure, Laurence expliqua à sa hiérarchie les raisons de son départ. Elle expédia le maximum d'effets personnels, auxquels elle était attachée dans son nouvel appartement...
Elle régla tout avec justesse et le jour de la signature s'approcha...

-BZzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz
Oh, déjà se dit Laurence ! Il était six heures du matin.
Elle se leva et tituba jusque dans la cuisine, en passant par le couloir, où un tas de meubles étaient entassé recouverts de mousse. Elle mit en route la cafetière et alla réveiller Max. Celui-ci, émergea doucement de son profond sommeil. Comme elle l'aimait son fils !
Il arriva à se lever et prit sa douche comme à son habitude, à peine levé ...Pendant ce temps, sa mère se préparait dans sa salle de bains. Il fallait vider les restes de nourriture dans la poubelle, préparer les draps et couettes dans un immense sac. Max arriva au moment, où elle fermait sa sacoche contenant tous ces produits de beauté... C'étaient leurs derniers instants dans cet splendide appartement, immense avec tous les souvenirs que cela entraînaient...
Soudain la sonnette retentit. Il était huit heures pile. C'étaient EMMAUS qui venait chercher tout l'électroménager, les literies et le peu de meubles que l'antiquaire ne prenait pas... Ils étaient très agréable, constata Laurence. C'est pour cela qu'au moment où les deux hommes prenaient chacun un sac, contenant le linge de maison que Laurence leur donna un billet orange à chacun...
A dix heures trente, l'antiquaire arriva, vérifia sur son papier que chaque meuble était bien présent puis les déménageurs emmenèrent les meubles. L'antiquaire fit signé un papier, sur lequel Laurence reconnaissait, qu'elle vendait ses meubles à l'antiquaire puis un deuxième comme quoi elle avait bien reçu la somme en espèces et sur celui-là elle dût signer sur l'honneur...
A midi, l'appartement était vide, tout comme Laurence et Max. Il ne restait dans l'appartement qu'une valise contenant les produits corporels et une tenue de rechange pour le lendemain...Les autres affaires ayant été expédiés la veille.
Ils allèrent déjeuner dans un petit restaurant japonais qui se trouvait en face du cabinet notarial.Ils mangèrent tranquillement, et Laurence s'aperçut soudain, qu'elle s'engageait dans quelque chose, qui ne modifierait pas que sa vie mais aussi celle de son fils...
A l'heure dite, ils se présentèrent chez le notaire...Ce fut bref : quelques signatures et un échange (un chèque de banque contre deux trousseaux de clés). Ils s'aperçurent qu'il était plus de trois heures et qu'il devait absolument aller à la banque...
Toujours accompagnés de leur petite valise, ils déposèrent à la banque le chèque dont elle demanda que la somme soit virée sur son compte en banque Américain. Elle prit également une enveloppe, contenant plusieurs centaines de dollars, qu'elle avait demandés une semaine auparavant...
Ils prirent ensuite un taxi, qui les mena du boulevard Haussmann à l'un des hôtels de l'aéroport...
Leur nuit fut agitée à tous les deux. Ils angoissèrent de partir, de tout quitter... Mais aucun n'exprima son ressentit.
Le lendemain, ils allèrent s'enregistrer auprès du guichet correspondant à leur vol.

Une heure plus tard ils embarquèrent...pour déboucher sur une nouvelle vie.....




# Posté le jeudi 13 décembre 2007 07:13

Modifié le mardi 09 septembre 2008 16:42

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