1er texte- Marthe

Marthe, a soixante-dix-huit ans, sa vie lui semble terminée, elle aimerait tellement que son petit-fils prenne un peu plus soin d'elle... Elle sait qu'elle perd la mémoire, comme par exemple ce mardi où Roger, son voisin vint la voir pour lui amener des pommes de terre de son jardin, pour que Marthe fasse son pot-au-feu, le plus prisé de la région car elle savait sélectionner chaque ingrédient, qui accompagnerait sa viande, qu'elle couperait également pour n'en garder que les meilleurs morceaux...Bien entendu, elle ajoutait un petit ingrédient personnel qui faisait sa réputation mais nul n'avait percé ce secret depuis les vingt cinq années qu'elle avait passées dans ce lotissement d'une vingtaine de maisons chacune différente, mais en même temps se ressemblant toutes avec leur crépi blanc, le petit jardin devant la maison toujours bien entretenu, pour ne pas laisser place à un désordre.
Ce jour-là, donc Marthe reçut la visite de Roger pour les pommes de terre... Il repartit une quinzaine de minutes plus tard... Elle rangea les pommes de terres dans le placard réservé à cet effet dans l'arrière cuisine, où l'idée lui vint de prendre un café avec son cher voisin.
Elle frappa à la porte de ce vieil ami qui ouvrit quasiment instantanément :
-Bonjour Roger, j'étais dans la cuisine et je me demandais si on pouvait se boire un bon petit café comme cela fait quelques jours que nous ne nous sommes pas vus...Que se passe t-il Roger vous faîtes une drôle de tête ?
-Marthe je viens de sortir de chez vous il y a une quinzaine de minutes. Je vous ai amené des pommes de terre pour votre pot-au-feu annuel..
-Oh! je suis désolée... Je perds un peu la tête ces derniers jours...
-....

Peu après son départ Roger se dit qu'il fallait faire quelque chose, et entrepris de chercher le numéro du petit-fils de Marthe que cette dernière lui avait laissé dernièrement pour une raison banale, un au cas où...

-Allô ?
-Bonjour Jeremy c'est Roger le voisin de ta grand-mère, je ne te dérange pas ?
-J'allais partir au travail, mais dîtes-moi, que se passe t-il ? Il y à un problème ?
-J'ai des doutes concernant sa santé... Je me demande si ce n'est pas un alzheimer ce pourrait être normal à son âge...

Et Roger lui raconta tout : ces doutes, ces craintes face au quotidien de sa pauvre voisine. Jeremy lui demanda alors s'il devait consulter un médecin, s'il fallait qu'on l'installe dans une maison de repos, ... Il était tout bonnement déboussolé...Lui étant à Paris, elle à cent cinquante kilomètres ...
Il n'avait que vingt-deux ans et toutes ces responsabilités qui l'incombaient... Ils étaient seuls, ils n'avaient personne autour d'eux...
La mère de Jeremy s'était donné la mort, il y a maintenant quelques années les laissant tous les deux, avec des dettes par-dessus le marché... Mais ils avaient relevé le défi, ils avaient tout remboursé, ils n'avaient rien demandé à personne. Leur chagrin n'est jamais survenu, ils avaient dû faire pleins de concessions, ils n'avaient donc eu aucun répit pour pleurer l'être cher qui leur manquait à tous les deux, mais ils avaient affronté cette épreuve non sans difficultés, mais avec une pointe de fierté quand même, quand ils avaient tout régularisé...
L'amour que portait Jeremy à sa mère se reporta instantanément sur Marthe, sans que tout deux ne s'en aperçoivent...

Ils avaient réussi à surmonter tellement d'épreuves tous les deux. Pourquoi est-ce qu'elle lâche prise? , se demanda Jeremy complètement déboussolé.
Il prit le combiné qu'il avait posé sur la table de cuisine après l'appel de son vieux voisin. Il composa le numéro de son patron, qui était comme un meilleur ami pour le prévenir qu'il ne viendrait pas travailler ce jour-là. Son supérieur ne lui demanda pas d'excuses. C'était l'employé le plus pointilleux sur les horaires, toujours à l'heure il ne partait jamais avant l'heure, et faire des heures supplémentaires ne le dérangeait pas du tout. Il savait qu'il n'avait aucune famille sur Paris et que ces rencontres se résumaient à des soirées sans lendemain dans des bars gays...

Il se souvenait de son époque où lui aussi avait débarqué à Paris, sans un sou et pleins de projets, il ne voulait que réussir, voulait rendre envieux les gens qui l'avaient tant fait souffrir étant gosse... Maintenant qu'il avait réussi tout ce qu'il avait entrepris, il n'attendait plus rien, sauf peut-être un peu plus qu'une simple amitié avec Jeremy... Il savait que c'était mal, jamais il n'avait éprouvé de sentiments envers un employé mais maintenant... Il se moquait du qu'en dira t-on... Il attendait un geste de ce dernier mais il savait qu'il n'y en aurait pas vu que jamais au grand jamais Jeremy aurait été susceptible de faire des avances à son patron... Pourtant certaines choses laissaient penser que...

Jeremy claqua la porte de son vaste deux-pièces situé près de Bercy, et enfourcha sa moto pour prendre la direction du périphérique extérieur direction : la campagne Amiénoise.
Le temps ne laissait pas à désirer : l'autoroute était glissante suite à la pluie de la veille, et les routes en rase campagne étaient boueuses à cause des tracteurs qui étaient bien plus nombreux que les voitures...
Finalement, au bout de deux heures de route plus que fastidieuses, il arriva enfin devant la maison que ses grands-parents avaient fait construire... Il n'avait pas connu son grand-père celui-ci étant mort quand sa mère avait dix ans, d'une crise cardiaque... Ce drame survenu d'un coup, n'avait pas ébranlé la veuve. Elle avait une force de caractère, qui n'avait pas laissé de place au désespoir, elle ne montra jamais sa douleur face à la perte de l'homme qu'elle aurait le plus aimé...
Elle avait élevé donc sa fille seule sans demander de l'aide, en luttant contre le caractère féroce de sa fille... Elle n'en avait soufflé mot à personne, des insultes qu'elle recevait chaque jour, à chaque moment où elles se croisaient...
Rapidement vers l'âge de seize ans, elle rencontra des gens qui ne sont pas fréquentables et qui la firent tomber dans la drogue et enceinte...
Ce fut un choc pour Marthe, mais elle ne baissa pas les bras, elle avait réussi à faire d'elle une ravissante fille malgré tout...
La grossesse ne fut pas cachée, Marthe n'avait pas honte. Elle réussi à faire prendre conscience à sa fille de ce qui allait se passer pour elle, pour sa fille et pour le bébé également...Car Marthe ne se posa la question de l'avortement avec sa fille... Elle réussi à faire décrocher sa fille de la drogue en l'enfermant dans la maison malgré les protestations...
Deux semaines ont suffi pour le sevrage, et fut vite remplacé par la joie qu'elle était enceinte...
Malheureusement peu après l'accouchement sa fille retomba dans la drogue et n'arrivait plus à assumer Jeremy...


Mon cher fils
Ma chère mère,
Je suis désolée mais je préfère vous quitter plutôt que
De voir mon fils souffrir de mon état
Je suis une droguée
La seule fois où j'ai réussi à me sevrer
A été quand je t'attendais mon amour
Par la force de ta grand-mère
C'est une personne courageuse à qui je crois n'avoir
Jamais dit Je t'Aime
Toi aussi mon fils Je t'Aime
Mes dernières pensées sont pour vous
Ta maman
Ta fille


Cette lettre ou plutôt ces quelques mots sont partis en fumée, dans un accès de colère pendant que Jeremy était adolescent, mais il ne savait pas que sa grand-mère en avait fait une copie. Elle s'est jurée de la lui donner le jour où Jeremy en reparlerait. Jusqu'à ce jour il ne l'avait pas fait...



Jeremy frappa à la porte et entra, c'était leur habitude on frappe et on entre après ...
Sa grand-mère était dans le salon, en train de faire des mots fléchés...Elle leva les yeux et ce que vit Jeremy le rassura.
Elle le reconnaissait avec ses yeux qui pétillent comme à chaque fois, qu'il arrivait à l'improviste...
-Oh! mon chéri
-Mamie
Et ils se serrèrent fort, comme à leur habitude.
-Mais ne devrais-tu pas travailler aujourd'hui ?
-Si, mais pour ne rien te cacher, j'ai eu un appel de Roger ce matin...
-Oui je sais... Je perds un peu la tête parfois...
-Je m'inquiète pour toi, voilà tout.

-Mais non, ne dis pas de bêtises... Je suis sure que tu meurs de faim, non ?.
-Si, et en plus le trajet n'a pas été évident.
-Je t'ai déjà dit de ne plus me parler de tes allers et venues sur cet engin de malheur
-Je sais, mais tu sais même en voiture je ne crois pas que ça aurait été plus simple...
-Bref, vas te laver les mains je te prépare un truc à te mettre sous la dent il est quand même une heure passée !
-Mamie tu sais que j'ai des horaires décalés....
-Je sais tu ne commences jamais avant onze heures mais tu ne finis jamais avant vingt heures trente !!! Ton métier va te tuer...
-Mais non, je vais très bien. Dis-moi quand les parisiens pourraient se faire coiffer si on avait des horaires de bureau ? On mettrait tous la clé sous la porte avant même d'avoir dit ouf. Bon je vais dans la salle de bains...
Quelques minutes plus tard, il revint dans le salon où sa grand-mère avait dressé un couvert d'appoint sur la table basse. Il y avait une tranche de jambon disposée dans l'assiette accompagnée de quelques feuilles de mâches du potager derrière la maison dont l'entretien était impeccable. Sa mamie adorait que cet endroit soit bien entretenu car selon elle c'est comme cela que les générations futures survivront avec un peu de ce qu'elle faisait, elle, et si tout le monde faisait pareil peut-être cela serait-il vrai.
-J'arrive tout de suite mon chéri.J'attend que la purée soit prête et tu pourras enfin manger quelque chose de correct...

Elle savait très bien que sa nourriture était essentiellement basée sur des sodas et fast-foods divers ouvert jusque tard le soir...
Dès qu'il eut fini de déjeuner il lui proposa de faire une petite balade, ce qu'elle accepta avec grande joie. Quelle fierté, se dit-elle, d'être au bras de son petit-fils.
Elle connaissait sa sexualité et jamais elle ne l'avais jugé. Elle savait qu'il faisait attention à lui donc elle n'avait aucune inquiétude. Elle s'inquiétait par contre car elle savait que son petit fils avait quelque chose à lui dire et que cela concernait son avenir.Il avait pris son air grave, celui de l'homme mûr maintenant, celui qui sait ce qu'il fait :
-Mamie, il faut faire quelque chose pour toi...
-Non, écoute moi d'abord.
Je sais que je ne suis plus dans mon état normal.Il y a des choses que je n'arrive plus à contrôler. Ma mémoire défaille mais je ne veux pas être un calvaire pour toi donc je sais que quoi que tu me dises, c'est le meilleure décision qui s'impose. Je te fais entièrement confiance...
-Je voulais te proposer d'aller dans une maison de retraités car tel est le mot. Je ne veux pas dire maison de repos, car ce serait te mentir... Et il est hors de question que je te mente. Je vais te guider pour y aller. C'est toi qui la choisira, comme c'est toi qui a choisi les couleurs des murs de ta maison. Si tu veux rester sur Amiens d'accord, mais sache que je ne pourrais pas venir te voir souvent car c'est loin.
Tu peux aussi en choisir une à Paris ou environs.Comme ça je viendrai te voir, certainement plus souvent.
Je sais, que tu t'inquiète de ta maison mais laisse-moi finir.Elle ne sera pas vendue, elle restera dans la famille, on ira en vacances...Comme tu le
sens ce sera toi, qui décidera. Mais je ne veux plus te voir, dans cette maison toute seule.
Je sais que tu as vu un médecin... Je sais également, que tu es au courant de ton état, ce n'est que stationnaire pour le moment mais la descente peut être rapide.Excuse moi pour les termes, mais je ne sais comment m'exprimer en fait.
Je veux que tout soit décidé avant que tu ne perdes la tête, et que tu ne me reconnaissent plus... Les trous de mémoire ne sont que le prémisse de ta maladie, ils sont de plus en plus fréquent, ce qui est synonyme que ton état ne va pas s'améliorer.Maintenant c'est à toi de décider...

Ils s'étaient assis sur le banc à côté de la mairie. Marthe pleurait en silence, pas de chagrin mais parce que la vérité lui faisait mal, et son petit-fils qui osait, lui, s'imposer dans ce choix radical, l'émouvait car c'était la preuve qu'il tenait à elle...
-D'accord, arriva t-elle à articuler, ce sera Paris et on la choisira ensemble, toi et moi, comme nous avons choisi ton premier appartement à Paris.

Jeremy ne s'attendait pas à cette réaction. Il pensait qu'il allait devoir donner des arguments pour qu'elle accepte sa proposition...


Jeremy reparti en tout début de soirée, après le dîner que sa grand-mère lui avait ordonné d'honoré...
Marthe regarde son petit fils s'éloigné du lotissement ravie de l'avoir vu... Mais Marthe sait très bien qu'elle a lâchée prise bien avant que la maladie ne survienne...Ca a commencé quand Jeremy est parti, personne ne faisait attention mais très souvent elle mettait des pulls ou des chemisiers à manches longues pour camoufler les striures de sang séché faîtes par le couteau de cuisine sur ses avants-bras...











# Posté le jeudi 13 décembre 2007 07:11

Modifié le mardi 09 septembre 2008 16:41

2eme texte- Laurence et Max

Laurence était en train de ranger ses papiers, qui s'entassaient sur son meuble d'entrée... La croissance à laquelle évoluait ses factures, l'étonnaient elle-même... Mais depuis qu'elle élevait seule son fils de douze ans, suite à son divorce, elle devait gérer entièrement la maison. Mais son projet prenait forme, il fallait qu'elle règle certains détails pratiques...
Son ex-mari avait eu un accident de voiture, suite à une soirée un peu trop arrosé avec quelques amis...Ce soir-là il avait décidé de ne rien faire, trop déprimé de son récent divorce. Il aimait tellement sa femme, enfin son ex-femme qu'il n'arrivait toujours pas à comprendre ce qui les avaient poussés tous deux dans l'abîme. Il avait été très pris par son travail de nuit, et Laurence, avec son travail qu'on pourrait qualifié de surmenage n'avait pas arrangé les choses... Il était ingénieur dans l'aérospatiale tandis qu'elle était rédactrice en chef d'un magasine qui faisait fureur chez les ménagères de trente à cinquante ans...
Ils n'avaient plus le temps de se voir, leur week-end se résumant à se reposer...
Ce fameux soir, son meilleur ami l'avait appelé, pour faire la tournée des bars, mais Daniel ne voyait pas l'intérêt de sortir ce soir là...
Jacques l'avait convaincu, cela faisait une éternité qu'ils ne s'étaient pas vu, en fait cela remontait aux dix ans de Max soit il y a six mois...
Bien sur, ils s'étaient appelés mais Daniel s'était muré dans un profond silence, il s'enfermait chez lui, ne répondait au téléphone que quand il savait que cela pouvait être son fils ou son ex-femme..
Ils firent donc la tournée des bars, avec quelques amis retrouvés sur la route et vers cinq heures du matin, chez Laurence le téléphone sonna :
-Allô ? dit-elle d'une voix qui demandait encore quelques heures de sommeil
-Bonsoir madame Parry, excusez-moi de l'heure tardive. Je suis médecin de garde aux urgences de l'Hôtel-Dieu....
-Oui que se passe t-il ? demanda t-elle d'une voix inquiète.
-Votre ex-mari a eu un accident de voiture cette nuit.. Je...
-Qu'à t'il ? le coupa t-elle véritablement inquiète
-Je suis désolé mais il est décédé sur le coup...
-NNNNNNNNOOOOOOOONNNNNNNNNN ! hurla t-elle...

Daniel avait décidé de laisser conduire Jacques car il s'estimait trop ivre. Mais Jacques avait plus bu et il n'avait pas vu le fossé. Lui s'en était sorti mais pas Daniel...
Pendant les jours qui suivirent, elle s'enferma dans un profond mutisme où les volets de son appartement boulevard Haussmann hérité de son père restèrent baissés.
Elle effectua la démarche de le dire à son fils avec le plus de pédagogie possible...Elle lui dit que son père était parti rejoindre les gens de la famille qui sont montés au ciel...
Il pleura quelques jours et se ressaisit rapidement montrant quand même une perturbation dans son niveau scolaire qui diminua quelque peu...

Deux ans plus tard, Laurence était toujours au même emploi sauf qu'elle avait demandé un mi-temps ce qui lui permettait d'être plus présente pour son fils qu'elle chérissait tant... Elle n'avait plus que lui. Ses parents étaient décédés tout comme ceux de Daniel et ils étaient enfant unique tous les deux.
C'est pour cela qu'elle avait fait prendre des cours intensifs d'anglais, à son fils et également pour elle-même, car elle comptait s'installer à New-York, enfin à Manhattan...
Elle avait reçu déjà diverses propositions, qu'elle avait refusé du temps de son mariage, mais maintenant qu'elle n'avait plus rien à apprendre à Paris rien ne la retenait. Elle avait connu l'amour, mais aussi la douleur...C'est pourquoi la proposition d'un magazine, ne l'avait pas laissé indifférente lors du mail qu'elle avait reçu au travail il y a quelques mois auquel elle avait accepté quelques jours plus tard...
Elle fit donc une demande de visa pour les États-Unis qui fut rapidement accordé, grâce à quelques bras longs qu'elle connaissait...
Elle demanda quand même à Max, s'il serait d'accord pour déménager là-bas, et tout ce que cela incombait.Celui-ci lui répondit :
-Papa est mort, on n'a pas de famille, et je n'ai aucun amis alors pourquoi pas ?
C'est ainsi qu'elle entrepris la plus grosse tâche de sa vie.



Laurence était en train de faire le chèque pour sa facture d'électricité quand Max, sortant de la douche vint lui demander :
-Dis maman, c'est quand qu'on part ?
-Dès que ton année scolaire est terminé, mon chéri.

On était au mois de mars, il ne restait donc que trois mois pour finaliser son départ...
L'appartement de son père vient d'être mis en vente, auprès d'une grosse agence immobilière de Paris dont la réputation concernant les appartements les plus beaux n'est plus à faire...
Max était déjà inscrit dans une école privée de Central Park.
Elle venait de louer un appartement sur Central Park, pas très loin de son futur travail et de l'école de son fils...
L'appartement est vide. Il va falloir qu'elle le meuble, mais avant cela, il faut qu'elle veille à ce que tous ses effets personnels, qu'elle emporterait serait bien acheminé dans son nouvel appartement.
Jamais de sa vie, elle n'avait pris de décision aussi radicale, mais elle sentait qu'il était temps de quitter ce qui la faisait tant souffrir. Elle voulait tourner une nouvelle page de sa vie, et cela ce ferait avec son fils... Jamais elle n'avait douté de sa force personnelle pour y parvenir...
Elle se sentait désemparé par moment, se demandant si elle n'était pas folle de partir, de tout quitter et de ne pas pouvoir revenir en arrière...
Mais jamais, elle n'en fit part à Max, jamais elle ne lui avouerait qu'elle souffrait de la mort de son ex-mari, mais aussi de celle de ses parents comme de l'enfant qu'elle avait perdu deux ans avant la naissance de son Max, son fils ,son fils unique qui lui resterait toujours...Elle ne le protégerait pas au point de l'étouffer, mais jamais elle ne l'abandonnerait comme la vie, avait commencé à l'abandonner lorsqu'elle avait douze ans...
C'était il y a si longtemps, et pourtant elle s'en souvient comme si c'était hier. Cet oncle qui l'avait violé à plusieurs reprises, sans qu'elle puisse se défendre... Ses douleurs, ses démons, s'étaient apaisés lorsqu'elle avait rencontré Daniel. Il avait été si doux, si attentionné... Il avait tout de suite compris mais il n'en avait parlé à personne il voulait que ce soit Laurence qui lui en parle... Elle lui avait tout dit, quand ils avaient eu leur premier rapport sexuel. Il n'avait rien dit, il l'avait juste rassuré en la prenant dans ses bras, c'était son premier amour pour lui aussi ils se comprenaient, et maintenant qu'il n'était plus là elle se sentait désemparée seule au monde avec son fils, et elle voulait que ce bonheur se passe loin d'ici, loin de ce monde cruel....
Je veux vivre, se dit-elle avant d'aller se coucher.

Quelques semaines plus tard, Laurence avait réussi à vendre son appartement, au prix le plus élevé qu'elle avait espéré, ce qui lui permettrait de partir à Manhattan le c½ur plus léger en pensant pouvoir acquérir un appartement bien à elle, le plus rapidement possible.
Laurence prit une journée de congés pour aller chercher les billets d'avion. Max était à l'école et donc elle s'octroya cette journée pour régler les derniers papiers. Elle avait posté sa lettre de démission le matin même avec accusé de réception, ce qui permettait à sa hiérarchie de lui trouver une remplaçante. En deux mois, il y aurait de nombreuses postulantes pour un poste aussi prisé...
Elle se rendit à l'agence immobilière pour expliquer la situation :
-Laurence, comment allez-vous ?
-Très bien, Gérald depuis que j'ai accepté la proposition de l'appartement par les Berain. Ils ont vraiment l'air sympathique, je suis sûre qu'ils seront bien accueillis par la copropriété.
-Tant mieux, il est vrai que l'appartement a été surenchéri, mais même à l'état actuel du prix de l'immobilier vous avez gagné énormément dessus.
-Je sais, c'est pour cela que je tenais à vous remercier...Mais j'ai un léger problème...
-Qu'est-ce donc Laurence ?
-Je m'en vais vivre à Manhattan, vous êtes la première personne au courant.J'ai un emploi qui m'attend déjà depuis six mois, et je ne sais comment faire pour régler cette transaction si je pars.
-Quand prenez-vous l'avion ?
-Mercredi 5 juillet à vers dix heures.
-Je peux essayer de m'arranger pour que la transaction s'effectue le mardi, comme ça vous prenez un hôtel à Roissy le mardi soir.
-D'accord. Les meubles seront déjà parti d'ici là... et la plupart des objets que nous emportons, sont déjà dans mon nouvel appartement On ne part qu'avec une valisette en fait avec Max.
-Êtes-vous sûre de faire le bon choix ? Je veux dire quitter votre travail, vos connaissances, votre maison, votre univers enfin tout ce qui vous entoure .
-Oui, Gérald j'ai mûrement réfléchi. J'ai retourné la question dans tous les sens. Et je pense ne pas me tromper. Plus rien ne nous rattache ici, Max et moi, sauf peut-être nos souvenirs. J'ai perdu Daniel comme vous le savez... On n'était plus mariés mais je l'aimais encore, on continuait
à s'appeler régulièrement, on se voyait de temps à autre, et plus rien depuis qu'il est parti ne me tien ici. Bien entendu, j'ai demandé à Max s'il était d'accord, et il m'a répondu que oui même s'il sait qu'il ne verra plus connaissances. Il est comme moi, il veut tout recommencer, même s'il n'à que douze ans, enfin bientôt treize. Vous savez, pour moi, chaque date anniversaire me rappelle mon mari, notre jour de rencontre le 3 janvier, notre première fois le quinze mars, notre premier appartement le vingt août, la date de naissance de Max le 9 novembre, nos anniversaires personnels, tous ces souvenirs resurgissent chaque jour sans pour autant que cela modifie ma vie.
Donc, non je ne me trompe pas. Ce n'est donc pas en partant que je vais l'oublier, il est dans mon c½ur et dans celui de Max, pas sur une pierre au Père-Lachaise.
-D'accord, Laurence je vous ferai parvenir la date définitive pour la signature, dit-il au bout de quelques secondes visiblement ravi de voir Laurence sous un autre jour, puissante mais en même temps avec des faiblesses.
-Bon, désolée Gérald mais il faut que je me dépêche l'antiquaire passe dans vingt minutes à la maison pour estimer les meubles et la date à laquelle il les prendra....

Les semaines passèrent à vive allure, Laurence expliqua à sa hiérarchie les raisons de son départ. Elle expédia le maximum d'effets personnels, auxquels elle était attachée dans son nouvel appartement...
Elle régla tout avec justesse et le jour de la signature s'approcha...

-BZzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz
Oh, déjà se dit Laurence ! Il était six heures du matin.
Elle se leva et tituba jusque dans la cuisine, en passant par le couloir, où un tas de meubles étaient entassé recouverts de mousse. Elle mit en route la cafetière et alla réveiller Max. Celui-ci, émergea doucement de son profond sommeil. Comme elle l'aimait son fils !
Il arriva à se lever et prit sa douche comme à son habitude, à peine levé ...Pendant ce temps, sa mère se préparait dans sa salle de bains. Il fallait vider les restes de nourriture dans la poubelle, préparer les draps et couettes dans un immense sac. Max arriva au moment, où elle fermait sa sacoche contenant tous ces produits de beauté... C'étaient leurs derniers instants dans cet splendide appartement, immense avec tous les souvenirs que cela entraînaient...
Soudain la sonnette retentit. Il était huit heures pile. C'étaient EMMAUS qui venait chercher tout l'électroménager, les literies et le peu de meubles que l'antiquaire ne prenait pas... Ils étaient très agréable, constata Laurence. C'est pour cela qu'au moment où les deux hommes prenaient chacun un sac, contenant le linge de maison que Laurence leur donna un billet orange à chacun...
A dix heures trente, l'antiquaire arriva, vérifia sur son papier que chaque meuble était bien présent puis les déménageurs emmenèrent les meubles. L'antiquaire fit signé un papier, sur lequel Laurence reconnaissait, qu'elle vendait ses meubles à l'antiquaire puis un deuxième comme quoi elle avait bien reçu la somme en espèces et sur celui-là elle dût signer sur l'honneur...
A midi, l'appartement était vide, tout comme Laurence et Max. Il ne restait dans l'appartement qu'une valise contenant les produits corporels et une tenue de rechange pour le lendemain...Les autres affaires ayant été expédiés la veille.
Ils allèrent déjeuner dans un petit restaurant japonais qui se trouvait en face du cabinet notarial.Ils mangèrent tranquillement, et Laurence s'aperçut soudain, qu'elle s'engageait dans quelque chose, qui ne modifierait pas que sa vie mais aussi celle de son fils...
A l'heure dite, ils se présentèrent chez le notaire...Ce fut bref : quelques signatures et un échange (un chèque de banque contre deux trousseaux de clés). Ils s'aperçurent qu'il était plus de trois heures et qu'il devait absolument aller à la banque...
Toujours accompagnés de leur petite valise, ils déposèrent à la banque le chèque dont elle demanda que la somme soit virée sur son compte en banque Américain. Elle prit également une enveloppe, contenant plusieurs centaines de dollars, qu'elle avait demandés une semaine auparavant...
Ils prirent ensuite un taxi, qui les mena du boulevard Haussmann à l'un des hôtels de l'aéroport...
Leur nuit fut agitée à tous les deux. Ils angoissèrent de partir, de tout quitter... Mais aucun n'exprima son ressentit.
Le lendemain, ils allèrent s'enregistrer auprès du guichet correspondant à leur vol.

Une heure plus tard ils embarquèrent...pour déboucher sur une nouvelle vie.....




# Posté le jeudi 13 décembre 2007 07:13

Modifié le mardi 09 septembre 2008 16:42

3eme texte- Olivier

« Il ne faut pas croire que la vie et simple et rose »se dit Olivier, assis sur son lit d'hôpital.

Voilà maintenant quelques jours qu'il était ici entre ces murs, il n'avait la force de rien. Il ne voulait rien faire, il se laissait aller pour une fois qu'il le pouvait. Il ne voyait plus d'avenir, il laissait les infirmières prendrent sa tension le matin, le midi et le soir et lui faisaient boire ce médicament liquide infecte au goût acre pour que cette dernière remonte : sans effet.

Il y a six jours maintenant qu'il avait succombé à la tentation.

Depuis plusieurs semaines, il lui fallait quasiment une heure pour se lever, il n'avait la force de rien mais il persévérait, et ne voulait pas se laisser abattre par des tracas quotidiens. Pourtant il avait presque tout ce dont un jeune de dix-huit ans rêve : son indépendance, un travail passionnant, des amis qu'ils fréquentaient régulièrement.
Malgré cela il se sentait mal mais il ne savait pas d'où venait ce mal c'était quelque chose de si profond, de si enfoui en lui qu'il ne savait pas d'où venait cette envie de finir avec la vie...
Il croyait en beaucoup de choses mais cela se résumait en peu de choses...
Il était sur de quelque chose, il devrait faire preuve d'un immense courage face à ce monde aussi cruel et impitoyable soit-il. C'est pour cela que chaque chose qu'il avait faite jusqu'à présent laissait penser qu'il se fichait pas mal de beaucoup de choses alors qu'en fait énormément de choses comptaient pour lui.
Il avait besoin d'un compagnon, il ne voulait pas être comme tous ces jeunes qui profitent trop de la vie... Il voulait se poser, il n'éprouvait aucune envie de voletait d'un homme à l'autre comme beaucoup de gays de nos jours...





Les gays ?
Tant de choses à dire sur eux et pourtant si peu...
C'est une communauté malgré ce qu'on en pense, même si cela est plus marqué à Paris, dans le Marais, qu'ailleurs...
Tout n'est qu'apparence dans ce milieu. Il faut plaire, il faut se montrer dans notre meilleur atout. Mais pourquoi faut-il cela ? Pour montrer que les gays sont différents des autres? Mais nous sommes identiques aux hommes hétéros qui prennent soin d'eux sauf qu'ils aiment la discrétion ils ne sont pas dans l'optique de séduire à tout prix, de savoir si tel amant est bien, de savoir si l'autre s'y prend bien, ou alors c'est parce que nous sommes davantage exposés que cela devient tragique, pour nous, homosexuels définis comme hors-milieu donc banlieusards, provinciaux aux yeux de ces folles aguerries du moindre sexe qui les feraient monter au plafond !!!
Maintenant il est sur ce lit d'hôpital à ne penser qu'à sa sortie, à se demander ce qui l'attend dehors, s'il aura de nouveau la force de survivre dans ce monde. Il n'arrive pas à penser aux gens qui l'entourent, il ne fait que laisser son esprit vide de... tentation.

Pour éviter encore la tentation, il ne s'est pas rasé depuis plus d'une semaine, pour ne pas réutilisé de rasoir qui inconsciemment glisserait sur son bras, ferait de petites saillies peu profondes mais qui laisserait un peu évoquer la souffrance qu'il éprouve. Personne ne peut le comprendre sauf ceux qui sont dans le même état, et encore il est difficile de se faire comprendre dans cet univers aussi décharné, aussi dénudé de sentiments....
Rares sont les infirmiers qui arrivent à parler correctement aux patients, sinon ils ne font que parler fort, il n'y a pas la moindre tendresse mais ces patients n'ont pas fait de mal, ils ont juste voulu succomber et personne ne veut écouter leurs propos incohérents tout en sachant très bien que les psychiatres sont parfois plus atteints qu'eux. Ils sont dans leur beaux habits, les écoutent et ensuite ils prescrivent un traitement de plus en plus fort pour éviter qu'ils soient en état de faire quoi que ce soit qui nuirait à leur santé.

Olivier se sent seul, misérable dans cet hôpital du coup, il écrit :

Le monde est basé sur des croyances qui reposent en réalité sur le fait d'amasser le plus de biens possibles et d'aider son prochain...
Nous, pauvres êtres humains à la vie si courte ne pensant qu'à la première chose qui soit mais aider son prochain n'est que futilité.
Je suis triste, triste de voir cette vie autour de moi, de voir ce massacre qui nous entoure, de ne plus nous confondre en être simplement mortels.
Nous ne sommes pas immortels. Notre vie n'est qu'une infinie seconde dans tout l'univers et je reste persuadé qu'il existe une multitude de mondes que nous pouvons parcourir de différentes façons.
Nous pouvons certainement y parvenir quand nous sommes dans des états de transes profondes, ce qui implique un énergo d'un niveau très élevé pour pouvoir arriver à cet état...
Des gens le savent, ils en sont capables mais ils n'en parlent jamais de peur d'être enfermés... D'ailleurs pourquoi donc les écouterait-on ? Nous avons si peur de cet univers c'est la peur qui nous inflige de se refermer sur des valeurs sectaires...
L'Église, la Mosquée, la Synagogue je les respecte mais ils renferment des choses tellement intéressantes dont nous n'avons pas la moindre idée...
Le Vatican a dû effacer des documents, c'est certain, mais il en existe tant d'autres dont nous n'aurons jamais connaissance...
Je ne sais pas de quoi je me mêle... Ce ne sont pas mes histoires. Ma vie se résume à une infinité de choses, contrairement à ces grands de ce monde qui ont osé contrer, affronter les valeurs morales, dire non... Tellement de gens ont essayé de nous ouvrir les yeux, mais je crois que le monde n'est pas encore prêt. Mais quand le sera t-il ?
Un jour nous n'auront plus le choix. Il faudra se rendre à l'évidence le monde va mal, il dépérit de jour en jour, mais on ne s'en rend pas compte. On détruit les végétations, on consomme de tout et n'importe quoi, on pollue partout où nous passons. Je sais, c'est maintenant dans notre culture de faire cela : consommer.
Je suis le premier à jeter mon mégot de cigarette par terre, à acheter des choses qui ne sont pas bonnes pour l'organisme mais notre instinct d'être humain nous incite à cela...
C'est un peu comme dans la Bible où Dieu interdit à Adam et Ève de manger un fruit de l'arbre. Le serpent dit à Ève de le prendre, de le croquer et ainsi de suite...
L'Autorité, que l'on pourrait qualifier par les forces publiques, nous interdit certaines choses que nous faisons quand même...
Malgré cela je suis conscient qu'il y à des cas extrêmes et cela nous empêche de nous sentir en sécurité...
Je vis à Paris, et le matin avant de partir au travail, il m'arrive parfois de penser que quelqu'un pourrait y mettre une bombe, et pouf nous sommes nés poussière et retournons poussière plus vite que prévue...
Mais il ne faut pas oublier qu'en chacun de nous, il y a une mission à accomplir et cette mission ne nous permettra certainement pas de vivre décemment mais c'est le but de notre vie... Une fois accomplie nous savons que nous n'avons qu'à profiter de la vie...
Ces informations sont peut-être le fruit de mon imagination, mais j'ai le doute certain que malgré la pluralité de versions obtenues, il existe une part de vérité...
Je suis jeune, trop pour parler de ça certainement, mais je sais que ma destinée est plus grande que je ne le pense, et si je m'aperçois que si je me trompe, je ne me laisserai pas pourrir de l'intérieur jusqu'à ce que la mort m'appelle, je la rejoindrais plus tôt que prévu mais là encore, je sais que c'est ma destinée. On provoque les évènements mais ils viennent à nous au moment même où nous prenons conscience de ce que nous devons faire... Nous rencontrons des gens qui nous donnent des indices, même nos amis d'enfance nous incitent dans une voie ou une autre, mais il ne faut pas penser que c'est de la manipulation mais en fait il faut guetter un signe de leur part une phrase qu'il prononce. Il n'existe aucune coïncidence, tout est tracé mais il faut bien suivre le chemin...



Maintenant Olivier s'est inspiré en réalité d'un livre qu'il a lu La Prophétie des Andes et il poursuit son chemin, en y mettant du vécu:

Je ne crois pas qu'il y ait de bonnes ou de mauvaises actions en fait.
J'ai tenté à plusieurs reprises de me suicider, mais en fait ce n'était que des appels au secours ce qui me permettait de prendre du recul pour m'analyser, mais je n'en ai jamais été capable. Je sais aider les gens mais moi je ne sais pas, c'est pour cela que j'ai demandé mon internement en hôpital psychiatrique... Je ne vais pas y rester longtemps mais cette courte période d'une dizaine de jours va me permettre de commencer ce que je me suis promis de faire c'est à dire écrire ...
La dureté de mes propos, tout comme leurs incohérences sont le fruit de ma tête je ne suis pas malade juste désemparé par la vie, telle quelle est aujourd'hui, contrairement à ce qu'elle doit être dans d'autres mondes... Elle doit être certainement moins sinistre que celle-ci et tellement moins cynique...Ce monde ne me convient pas, il faut que j'en trouve un qui me convienne... Je reste persuadé que l'Autorité elle-même est au courant...
Ce qui est étonnant c'est la facilité avec laquelle les gens voient leur avenir : profiter de la vie...



Puis la philosophie, lui, qu'il a légèrement étudié en terminale lui revient en mémoire et fait des phrases censées, qui pourraient permettre à certaines personnes de se reconnaître:


Mais la vie ce n'est pas ça la vie, la vie c'est une succession de choses à accomplir...
Chacun à sa tache, et quelle qu'elle soit, elle n'est pas insurmontable... Si telle est ta mission, tu dois l'accomplir sans réfléchir aux conséquences et surtout aux gens que tu aimes... Ils le savent que tu les aiment après si tu décides de suivre le tracé de ta lignée, tu verras que les gens s'ouvriront à toi plus facilement...
Je ne sais pas ce que je raconte mais d'exprimer enfin le ressentiment, face à ce monde me fait du bien, car peut-être des gens ont la même impression. Ce sentiment d'impuissance face à un monde qui s'écroule...
Je ne me sens pas malade je dois être dépressif, je pense, mais seul Dieu le sait vu que même le psychiatre ne le sait pas donc comme ça on n'est servit...


Mais il ne faut pas croire que tous les psychiatres sont malades, puisque quelques-uns uns réussissent à soigner des patients. L'exemple le plus prouvant est bien entendu le livre de Marie Cardinal Des Mots pour le dire





# Posté le jeudi 13 décembre 2007 07:25

Modifié le mardi 09 septembre 2008 16:42

4eme texte- Vincent

La mort? Une chose redoutée par tous ceux qui voient en cela la fin définitive de la vie mais non il y a autre chose et j'espère que cette chose est bien meilleure que cette vie... Tout le monde me pense normal mais quoi qu'il se passe, si les jours ou les mois me retardent un jour, je franchirais cette barrière entre la vie et le mort. On la redoute, on la craint mais qu'en est-il de ceux qui l'attendent pour un avenir certainement meilleur ? On parle de vie longue ou courte mais le temps d'une vie est tellement si infime aux yeux de tout l'univers que je ne voie pas en quoi elle a le mérite d'être vécue!!!!

Voilà, les pensées que Vincent avaient depuis un certain temps. Il n'avait rien à craindre, personne ne se doutait de ses pensées. Sa femme, avec qui il était marié depuis plus de dix ans, ses deux enfants de cinq et sept ans, leurs amis qu'ils côtoyaient régulièrement, ses collègues de travail, tous ces gens se laissaient impressionner par la prestance de Vincent. On le sentait ambitieux, prêt à tout pour réussir... Il avait démarré comme simple coursier dans cette entreprise de management et maintenant, il était dans l'un des postes les plus convoités : secrétaire général d'une cinquantaine de personnes.
Il arrivait toujours avant huit heures au travail et partait régulièrement après dix-huit heures. Chaque journée était planifiée sur son téléphone mobile que sa secrétaire mettait à jour par des sms la veille...
Sa vie de famille était heureuse. Son épouse faisait du bénévolat dans des associations pour aider les plus démunis, le salaire mensuel de Vincent permettait de faire vivre aisément sa tribu. Il ne restait que trois mois pour rembourser l'emprunt fait à la banque lorsqu'ils avaient décidé d'acheter une maison, augmentant les mensualités chaque mois pour que ce termine cet emprunt.
Vincent n'aimait pas les dettes, il préférait manger des pâtes comme on dit plutôt que d'être à découvert.
Paradoxalement, ni lui, ni sa femme ne faisaient les comptes. Ils dépensaient de façon normale ni excessivement ni dans la restriction... Ils sortaient une fois par semaine dans un théâtre ou un opéra.
Chaque minute de sa vie était planifiée, Vincent n'en pouvait plus. Il en avait marre, marre de tous ces inconvénients qui lui incombaient, marre de faire le même trajet chaque jour pour se rendre au travail, marre de bore le café que sa secrétaire lui apportait toutes les deux heures, marre de ces déjeuners où il ne faisait que parler affaires.

Merde, la vie ne se résume pas qu'au fric. J'en ai marre de ces rapaces de la communication, du marketing, de tous ces gens qui ne pensaient qu'à tripler leur salaire grâce aux commissions qu'ils touchaient...

Chaque jour, il y pensait, à mourir, à se dire que la vie se résumait à des futilités, qu'il voulait pouvoir faire ce dont il avait réellement envie...
Il ne pensait pas une seule seconde dans ces moments là, à sa femme, à ses enfants qu'ils chérissaient tant.
Il les couvrait de cadeaux... C'étaient des enfants pourris gâtés mais il s'en moquait même si sa femme lui en faisait des reproches régulièrement...
Sans qu'elle ne le sache, il avait souscrit une assurance-vie, avec pour clause entre autres : maladies diverses et suicide...
Dès qu'il avait vu cette clause il avait souscrit au maximum pour ne pas que sa femme se retrouve dans la déchéance et puisse continuer à vivre décemment sans problème.
Il savait dans ces états où il allait mal que sa femme allait énormément souffrir...
C'était son premier amour et jamais il n'oserait lui dire dans les yeux ce qu'il ressentait. C'est pour cela qu'il commença à écrire une lettre :

Ma chère et tendre femme,
Je te quitte, toi et les enfants, Je ne me sens pas à ma place dans ce monde,
Plutôt que de te faire souffrir peu à peu en sombrant dans l'alcool
Je pars directement
Ne m'en veux pas
Je t'aime
Je vous aime
Et quoi qu'il se passe j'essaierai de veiller sur vous de l'autre côté
Je ne veux pas que tu souffres éternellement
C'est pour cela que je te demande une chose
Toi, la seule femme que j'ai connue
Je veux que tu te montres forte quoi qu'il se passe
De toute manière, si tu lis cette lettre c'est que je ne suis plus d'ici...
La vie me semble futile même si je chéris tant mes enfants
Ainsi que toi
Il ne faut pas que tu croies que si tu avais su tu aurais essayé de me sortir de mes démons...
J'aurais été prêt à fuir ce pays,
A fuir cette ville si c'était ma seule chance
Mais je ne veux pas te déraciner
Tu as encore ta famille, tes amis, tout ce dont on avait.
Je t'embrasse tendrement
Veille bien sur les enfants comme tu l'as toujours fait et reconstruit toi vite
Je t'aime
Ton mari

Il cacha la lettre dans la boîte à gants de la voiture. Perturbé, il ne se rendit pas compte que ce matin là il avait pris le coupé Mercedes de sa femme et non sa Peugeot 607.

Ce soir-là, il était rentré plus tôt que d'habitude car Marjorie avait un dîner pour de bienfaisance en faveur des immigrés tchèques...
Il l'entendit se préparer dans la salle de bains de leur chambre qui se trouvait au premier étage. Les enfants étaient devant les dessins-animés. Il se rendit dans la cuisine et s'aperçut que sa femme avait même préparé le repas pour ces trois hommes...
Elle descendit les escaliers et se jeta, sensuellement sur son mari. Qu'elle était belle dans cette robe blanche faîte de soie et de mousseline...
Elle la rendait vaporeuse comme un ange...
Elle alla embrasser ces enfants, serra fort son mari avant de prendre la route pour son dîner. Elle devait se dépêcher car sinon elle serait en retard...
Elle monta à bord de sa voiture, démarra et parti rejoindre le banquet... Le temps était maussade et la température baissait de jour en jour à l'approche de l'automne... Elle brancha donc la climatisation et chercha instinctivement sa peau de chamois, qui effaçait les traces de buée sur le pare-brise, dans la boîte à gants et tomba sur la lettre de Vincent...
Je le lirais après, se dit-elle, pensant qu'il s'agissait d'un mot d'amour.
Le dîner s'éternisa... Il était minuit passé quand elle remonta en voiture, mais elle voulait lire la lettre de Vincent.
Ses larmes coulèrent au fur et à mesure des mots qu'elle lisait.
Refermant la lettre, elle se dit qu'elle l'en empêcherait mais comment ?
Avant de se mettre en route, elle se remit un coup de mascara pour effacer les traces laissées par les larmes séchées et envoya un sms à Vincent en lui indiquant qu'elle allait reprendre la route et qu'elle l'aimait. La réponse fût instantanée : « Fais attention à toi. Je t'aime. V »

Quelques jours plus tard, Marjorie avait pris sa décision, elle quittait Paris sans le dire à qui que ce soit avec les enfants mais sans Vincent pour qu'il s'aperçoive de ce qu'elle ressentirait s'il partait...
Elle ne laissa pas de mot, pris les enfants en voiture pour les conduire à l'école comme chaque matin.
Mais son planning avait été modifié une demi-heure plus tôt : dès qu'elle entendit Vincent franchir la barrière pour se rendre au travail elle prit la plus grosse valise qu'elle avait : empila ses vêtements, ceux de ses enfants, des serviettes de bain. Puis, elle prit son vaniti, y mis ses produits de beauté, quelques médicaments pour les enfants. Elle la referma, mis tout dans la voiture sans que les enfants ne s'en aperçoivent. Elle pénétra dans le bureau ouvrit le premier tiroir de la commode, y prit le chéquier et l'enveloppe contenant du liquide et qui était destiné à un coup dur...
Ils avaient toujours étaient prévoyant et Marjorie remercia Dieu de cette qualité qu'Il leur avait donné.
Elle fourra le tout dans son sac prit l'enveloppe qu'elle avait cachée dans une boîte à chaussures et qui contenait son passeport sur lequel figurait ses deux enfants et elle, ainsi que les billets d'avion pour Genève où son oncle vivait et avait acceptait de l'héberger quelques temps...

Elle démarra, et prit le périphérique.
Ses enfants ne reconnaissant pas le chemin de leur école lui demandèrent où ils allaient. Elle leur répondit « une surprise ».
Ses enfants n'avaient jamais pris l'avion et elle savait qu'il voulait le prendre... Cette excuse était donc recevable auprès de ces deux petits garçons, Valentin et Tom.

...
Le soir-même, son téléphone sonna. Elle ne répondit pas. Connaissant l'impatience de Vincent, il ne laisserait pas de messages mais rappellerait sans discontinuer...
Ce n'est qu'au bout de la cinquième fois qu'elle répondit :
-Allô ?
-Chérie, où es-tu ? Je m'inquiète, j'ai crû qu'il s'était passé quelque chose de grave...
-Non, tout va bien. Tu as eu raison de prendre l'option internationale quand tu m'as offert mon téléphone car sinon tu n'aurais pas pu m'avoir...
-Où êtes-vous tous les trois ? Et pourquoi, prends-tu ce ton ironique d'un coup.
-Je ne te dirais pas où nous sommes mais sache que tes enfants sont en bonne santé. Ils dorment là...
-Mais pourquoi es-tu partie ?
-Bah, je ne sais pas... Une envie, un désir de quitter Paris attends deux minutes. Elle prit la lettre et lut un passage :
La vie me semble futile même si je chéris tant mes enfants
Ainsi que toi
Il ne faut pas que tu croies que si tu avais su tu aurais essayé de me sortir de mes démons...
J'aurais été prêt à fuir ce pays,
A fuir cette ville si c'était ma seule chance
Mais je ne veux pas te déraciner
Tu as encore ta famille, tes amis, tout ce dont on avait.

Ca ne te dit rien, mon chéri ?
-...
-Tu as l'air bizarre, répond moi quand même. C'est ton écriture et j'ai trouvé cette lettre dans la boîte à gants de ma voiture le soir du dîner pour les immigrés...
-Et pourquoi me fais-tu ça ?
-Pour que tu comprennes, ce que j'aurais ressenti moi et les enfants si on avait trouvé cette lettre..
-Mais ne comprends-tu pas que j'en ai marre de tout ce qui m'entoure...
-Qu'est-ce qui t'empêche de tout quitter et de prendre un nouveau départ ailleurs ?
-Toi pour ce que tu viens de lire, mais aussi pour l'argent car nous n'auront plus rien...
-C'est ce que tu penses, mon chéri...
-Que dis-tu ?
-Rien, prend le dernier avion pour Genève il est dans deux heures. Prends la voiture, je m'occupe du billet d'avion, il t'attendra à l'enregistrement... Il est temps que tu saches la vérité...
-Quoi ?
-Ne discute pas ! Je t'attend à l'aéroport tout à l'heure...
-D'accord, répondit-il sans réellement saisir.
Où elle lui jouait un mauvais tour ou, elle avait réellement des choses à lui dire...

Marjorie appela la compagnie aérienne pour réserver un billet d'avion pour son mari dans deux heures...
Elle paya avec sa nouvelle carte bleue, qui n'était ni une visa, ni une premier, mais une gold, et la conseillère lui dit que son mari sera appelé pour l'enregistrement et qu'on lui remettra son billet.

Marjorie attendit au bar de l'aéroport en sirotant un martini blanc agrémenté d'une rondelle de citron...
Puis, elle entendit l'annonce que le vol en provenance de Paris venait d'atterrir et que les voyageurs arrivaient.

Elle vit son mari, qui la regardait les yeux rouges. Il a dû pleurer se dit-elle mais elle n'en parla pas.
-Allons au bar de l'aéroport, il n'y a pas grand monde à cette heure-ci.
-Où sont les enfants ?
-Chez mon oncle, ne t'inquiète pas....

Marjorie, lui expliqua alors sa véritable identité... Ses parents étaient morts dans un stupide accident d'avion alors qu'elle avait huit ans. Elle fut élevée par des gens qu'elle considérait comme ses propres parents... Ses véritables parents avaient fait souscrit à l'époque deux assurances-vies chacun.
Elle n'avait jamais entendu parler de cet argent, mais à dix-huit ans un notaire l'appela pour lui faire part du testament de ses parents...
Elle avait appris qu'ils possédaient en leur nom un appartement dans le XVII ème arrondissement.
Tout ce qu'ils possédaient, Marjorie le vendit et s'acheta un petit deux-pièces dans Paris. Tout le reste de l'argent était donc en train de fructifier sur divers comptes... Elle ne voulait toucher à cet argent. Quand ils emménagèrent ensemble, elle vendit son appartement et plaça encore l'argent...
Elle ne voulait l'utiliser jusqu'à ce qu'elle lise cette lettre... Alors, elle débloqua plusieurs comptes et voulait mettre en place le projet de Vincent c'est à dire tout recommencer... Elle se moquait de ce que les gens pensaient...
Les seules personnes auxquelles elle était attachée était son mari et ses enfants...

Ils prirent alors la décision qui s'imposait pour que Vincent aille mieux, ils s'expatrièrent sans un mot à quiconque.


# Posté le jeudi 13 décembre 2007 12:30

Modifié le mardi 09 septembre 2008 16:44

5eme texte- Nicolas

Nicolas, onze ans commença à se poser des questions. Il venait de s'inscrire dans un club de théâtre, organisé par son collège et dirigée par deux enseignantes de français. Il venait d'entrer en cinquième. Il ne savait pas comment il faisait mais il arrivait toujours à garder un niveau correct. En CM2, il avait 12,5 de moyenne générale sur l'année. On lui avait prédit qu'en sixième, il aurait des difficultés... Loin de là, il n'était pas un acharné du travail. Ses professeurs ne comprenaient pas pourquoi un élève avec tant de facilités, ne voulait pas s'investir dans un travail plus approfondit. En sixième, il avait la même moyenne que l'année précédente. Ses professeurs parlaient régulièrement de lui lors de leur pause :
-c'est un élève qui peut réussir, il a toutes les capacités pour y parvenir.
-Oui mais tu connais très bien son agressivité lorsqu'on le rappelle à l'ordre pour des broutilles...
-Il mâche des chewing-gums en cours, il bavarde comme une pipelette avec les filles...
-Il n'a pas de véritables amis comme vous pouvez le constater. A moins que ceux-ci soient à l'extérieur...

Ils n'avaient pas tort, ils savaient que cet élève rencontrait des difficultés dans la cour ou dans les couloirs avec d'autres élèves car Nicolas n'est pas comme les autres élèves...
Il était maniéré, efféminé pourrait-on dire. Il n'avait pour compagnie que des filles. Il mangeait régulièrement seul à la cantine. Visiblement, c'était un élève qui devait avoir des soucis pour être davantage préoccupé par les livres qu'il dévorait à la bibliothèque.

Un autre jour, dans la salle des profs :
-Tu te rends compte, je me suis renseignée sur le fichier informatique du CDI, il emprunte jusqu'à deux livres par semaine alors que la moyenne se situe à un par mois et encore...
-C'est un garçon sensible et visiblement il oublie la réalité en s'enfermant dans ces livres...

C'était vrai, à peine rentré à la maison le soir, il goûtait comme à son habitude puis ouvrait son sac faisait les exercices à faire, apprenait rarement les leçons et se plongeait devant la télé avec sa mère ou dans un bouquin. Sa mère était trop dépressive pour travailler... Les seules choses qu'elle parvenait à faire c'était la cuisine et le ménage le vendredi...
Il ne sortait pas souvent, ne parlait pas aux jeunes du quartier suite aux quolibets homophobes qu'il avait reçu, préférant son intérieur et ses promenades dans le centre-ville de Rouen...
Sur les conseils d'un professeur, lors d'une réunion de parents d'élèves au collège, Nicolas allait une fois par semaine au CMPP consulter un psychologue qui ne faisait rien. Leurs entretiens se résumant à quantités de choses futiles telles que les livres qu'il venait de lire ou, encore ce qu'il avait vu en classe dernièrement...

Un mardi, lors de la pause repas, il alla au CDI comme à son habitude, mais cette fois-ci, il ne s'orienta pas vers les romans mais vers les livres pédagogiques. En effet, depuis les quelques semaines où il allait au théâtre, il se sentait attiré par un élève de la troupe.
Il savait ce qu'était l'homosexualité mais il ne savait pas du tout comment ça se passait. Il se posait de nombreuses questions, en espérant notamment trouver des réponses à ses questions...
Il choisit donc deux livres sur la pédagogie dont un parlait essentiellement de la sexualité des adolescents. Il avait choisi le deuxième par pur hasard. Le thème était sur la drogue. Bien entendu, il le lirait car la documentaliste se faisait un plaisir à chacun de ses passages de lui demander ce qu'il avait pensé de ces livres. Elle avait l'air sympa, cette petite femme rondouillette qui vivait parmi tous ces livres. Il s'imaginait souvent que sa maison regorgeait de livres qu'elle ne savait plus où les mettre tellement il y en avait...
Elle ne posa pas de questions, sur le choix de ces livres. De toute façon, il lisait ce qu'il voulait.
A peine la porte du CDI refermée derrière son passage que Béatrice, appela Mme Baty, professeur de français de Nicolas, qui lui avait demandé de la prévenir si Nicolas allait dans cette section de la bibliothèque.
Mme Baty consulta deux de ces plus proches collègues qui avaient également son élève dans une de leur section...
-Je pense être quasiment sûre de savoir pourquoi Nicolas est si renfermé sur lui-même
-Ah bon ! Répliqua la prof qui l'avait en théâtre.
-Oui je pense qu'il est gay... Cela expliquerait les quolibets, insultes et bagarres en tout genre. Nous nous étions aperçus de son côté féminin mais là je crois qu'il va falloir l'aider ce pauvre garçon...
-Armelle, ne crois-tu pas que ton travail devrait se limiter à enseigner. Qu'à ce garçon de si particulier ?
-Rien, je t'assure. Je crois qu'il faut qu'on veille sur lui...
-Ne compte pas sur moi j'ai trop de travail...
-Moi aussi même s'il est vrai que ce garçon a certaines particularités...

Ces collègues ne comprenaient pas. Ce garçon, ce jeune garçon, cet enfant vivait seul avec une mère dépressive et un père qu'il refusait de voir.
Armelle s'était renseigner de son côté. Elle voulait protéger cet enfant de la vie qui se montre déjà si dure pour lui...
S'il apprend maintenant son homosexualité, il va se sentir réellement seul et personne pour le soutenir...
Je l'aiderai par tous les moyens se dit-elle.

...
Nicolas réussit à aller jusqu'en troisième malgré les protestations de certains professeurs chaque année à cause du caractère révoltant de ce garçon.
Armelle ne l'avait plus eu en tant qu'élève jusqu'à son année de troisième...
Elle avait fait du mieux qu'elle avait pu, évitant les conseils de discipline suite à un comportement arrogant qu'il avait avec d'autres professeurs.
Il n'avait jamais eu de sanctions graves sauf un renvoi de trois jours qu'elle n'avait pu éviter... Il avait été pris en train de fumer dans l'établissement à plusieurs reprises...
L'année commença bien, la classe avait l'air soudée et Nicolas y semblait à l'aise... Malgré tout, lorsque sa protectrice le regardait dans les yeux, elle voyait un regard éteint, fermé, comme teinté de froid...
Ce qu'elle pensa comme la pire chose qui puisse lui arriver, se présenta à la fin du mois de novembre.
Nicolas n'était pas présent aux cours depuis trois jours, lorsqu'elle se décida à appelé la mère de son élève préféré :
-Allô ?
-Mme Paris, bonjour c'est Armelle Baty, la professeur de français de Nicolas
-Ah oui, je me souviens de vous lors de notre premier entretien en sixième.
-Écoutez, je m'inquiète. Votre fils n'a pas assisté aux cours depuis trois jours et j'ai regardé dans le dossier scolaire et aucune excuse n'a encore été donnée. Sauriez-vous pourquoi ?
-Je suis désolée, mais Nicolas vient d'être hospitalisé en urgences et je n'ai pas encore téléphoné au secrétariat de votre établissement.
-Qu'a t-il ?
-Il a fait... une tentative de suicide. Elle se mit à pleurer. Je ne sais pas pourquoi il a fait ça. Peu de personnes sont au courant mais il va vite revenir ne vous en faites pas.
-Je me moque de quand il va revenir. Comment va t-il ?
-Mal. Il ne songe qu'à mourir, il dit qu'il ne se sent pas capable d'affronter le monde, qu'il est sale, et que lui, ne mérite pas de vivre. Je ne sais pas quoi faire, je suis totalement désemparée, il ne me reste que lui et il songe à mourir. Mais pourquoi ?
-Voulez-vous qu'on en discute calmement. Le téléphone n'est pas le moyen le plus adéquat pour parler de cela.
-Comme vous voulez, mais je ne veux pas vous perturber votre emploi du temps.
-Dans une heure, ça vous convient ?
-Oui c'est bon. Venez chez moi ce sera plus simple. C'est à deux pas du collège.
-D'accord... A tout à l'heure.

Armelle était déboussolée. Elle se doutait qu'un jour il essaiera de franchir ce pas comme elle, elle l'avait fait, il y a si longtemps...

Cela remonte, à ses premiers émois d'adolescentes, vers quinze ans, elle avait été attirée par une fille de sa classe. Mais le sujet, n'était pas comme aujourd'hui, il était caché. L'homosexualité était une chose sale, malsaine, que Dieu ne bénissait pas et elle était dans un orphelinat catholique...
Elle s'était lâchement laissé aller et avait jour après jour réussi à accumuler ce dont elle avait besoin : des médicaments puissants qu'on donnait aux élèves les plus torturés pour qu'ils se calment, un couteau de cuisine qu'elle avait réussi à dérober un soir après l'heure du coucher...
Elle s'était préparée. Elle attendit le moment propice c'est à dire la veille de ses seize ans et avait tout avalé ce qu'elle avait pris puis commença à se taillader les veines avec le couteau...
Les s½urs l'avaient retrouvée dans son lit, les draps étaient tachés de sang...
Ils la soignèrent et elle demanda à quitter l'orphelinat comme elle en avait le droit... L'âge légal où l'on peut demander à quitter son foyer étant à seize ans, elle reçut l'accord de la mère supérieure...
Elle avait pris le train, en direction de Paris et avait réussi à intégrer une école où elle put passer quasiment sept ans. Pendant ce temps là, elle avait étudié au maximum et avait trouvé sa voix en devenant professeur de français dans les collèges...

Tout cela lui remonta à la surface et elle sue à ce moment là que son expérience malheureuse, toujours demeurée cachée de tous, allait être dévoilée à son élève pour l'aider à le sortir de ce mauvais pas...
Elle alla jusque chez la mère de Nicolas. Quand celle-ci ouvrit la porte, Armelle su que sa mère était au bord du gouffre...
Elles discutèrent tranquillement pendant quelques heures. Armelle avait la ferme intention d'aller voir Nicolas et de le sortir de ces démons. Elle n'en parla pas à cette pauvre femme qui se tenait devant elle, fumant cigarette sur cigarette, en peignoir, les yeux rougis, sans maquillage. Armelle ne lui avait jamais dit mais elle connaissait Isabelle. Elle était avec elle dans cet orphelinat et c'était cette femme qui se tenait devant elle qu'elle avait tant aimé...
Des photos encadraient les murs et Armelle su que cette femme était quelqu'un de bien. Pleine de grâce, cette femme désarmée face à un homme s'était laissée faire. Et maintenant, il fallait qu'Armelle s'occupe des deux...
Elle comprit en partant, pour prendre la direction de l'hôpital la deuxième raison pour laquelle elle s'était tant préoccupée de ce garçon : il ressemblait trait pour trait à sa mère...

Elle prit sur elle, en arrivant dans l'unité de pédopsychiatrie et alla jusqu'à la chambre de Nicolas... Il avait de lui-même demandé son hospitalisation dans ce service donc il pouvait quitter l'établissement quand bon lui semblait...

Elle franchit la porte de la chambre et quel ne fut pas l'étonnement de Nicolas de voir sa professeur de français entrer dans cette chambre d'hôpital...
-Bonjour Nicolas
-Bonjour Mme Baty
-J'ai à te parler. Il faut que tu m'écoutes attentivement et que tu me promettes de ne pas m'interrompre car ce que j'ai à te dire est très important, mon grand...
-Je vous le promets
-Bon, tout d'abord voilà...
Elle lui raconta son enfance dans cet orphelinat catholique d'Amiens qui faisait également office de pension pour les familles qui voulaient que leurs filles reçoivent une éducation digne de ce nom... Elle lui fit part également de ces sentiments qu'elle avait éprouvé pour sa jeune voisine de classe qui était elle en pension...
Elle lui expliqua ensuite comment elle avait essayé comme lui de se supprimer pour ne pas affronter ces démons...
Puis, elle lui expliqua que pendant toutes ces années de collège, elle avait veillé sur lui sans qu'il ne s'en aperçoive outre mesure...
Et enfin, elle lui expliqua, sa journée et sa rencontre avec sa mère et tous ces sentiments qui avaient refait surface...
-Voilà, j'ai un marché à te proposer, maintenant que tu me connais comme un livre que tu aurais dévoré au CDI... Tu es en hospitalisation libre, je voudrais ne pas ressortir d'ici seule mais avec toi. Je ne te laisserai pas tomber ni toi, ni ta mère...
-Mais vous ne connaissait pas ma vie, vous ne savez pas dans quoi vous vous lancez !
-Ne t'inquiète pas, je sais ce que je fais. Bon maintenant tu me tutoies ce sera plus simple sauf quand tu reviens en cours, compris ?
-Oui
-Bon, on y va bonhomme ?

Les infirmiers n'étaient pas d'accord qu'il sorte mais comme Armelle se fit un plaisir de leur annoncer qu'il pouvait quitter l'hôpital rien qu'en signant une décharge, il n'y avait pas de problème...
Ces infirmiers ne connaissaient pas la mère de Nicolas, ils venaient de commencer le service de jour alors qu'ils étaient de nuit depuis une quinzaine de jours donc Armelle se fit passer pour sa mère.
Ils franchirent la porte de l'hôpital, le c½ur léger et d'humeur joyeuse d'avoir réussi à tromper le personnel hospitalier...
Ils arrivèrent chez Isabelle, trente minutes plus tard... Dans la voiture, Armelle avait fait promettre de dire la vérité à sa mère au sujet de sa sexualité...
Isabelle pleurait de joie, de le voir revenir, si vaillant, le sourire aux lèvres comme jamais elle ne l'avait eu.
Nicolas lui raconta tout, sans mentir, devant sa professeur assise à côté de sa mère. Cette dernière pleura.
Nicolas monta se coucher et les deux femmes discutèrent toute la nuit. Armelle répéta tout ce qu'elle avait dit en incluant sa vie de ses dernières années.
Isabelle la prit dans ses bras.
Elle ne s'était jamais demandé pourquoi elle avait connu tant de malheur avec les hommes, elle s'était voilé la face pas comme son fils et cette ancienne camarade...


Quelques mois plus tard, ils chargeaient tous les trois les derniers cartons dans le camion de déménagement qui les emmenaient ensemble vers une petite maison, à Nantes, ville où Armelle avait demandé sa mutation qui lui fut accordée...



# Posté le jeudi 13 décembre 2007 12:32

Modifié le mardi 09 septembre 2008 16:51